Keith Kouna : Good-bye les crabes de poches, Welcome les théâtres qui flambent.






Le Voir trippe ben raide, le Bangbang mouille ses shorts, le Hour est pas sûr de tout comprendre mais aime pas mal ça, Radio-Canada le passe le dimanche entre deux segments de Bouillant de culture, Pénélope s’en crisse très probablement et Guy A. a peut-être twitté quelque chose là-dessus. Lisa Leblanc ? Non, pas mal plus énervant que ça : Keith Kouna, l’ex-chanteur du mythique-mais-sous-estimé groupe Les Goules, qui arrive avec son deuxième disque solo, Du plaisir et des bombes. Oui bon, c’est sorti il y a presque un mois et demi, mais maintenant que tout le monde en a dit ce qu’il avait à en dire, on peut commencer à en jaser pour vrai.


Donc, musicalement, ça ressemble à quoi ? Sérieux, fouille-moi. Un genre de Jean Leloup qui aurait mangé du steak de Tom Waits et bu une bonne grosse rasade des Sex Pistols avec We are Wolves version post-grunge qui joue sur un piano déglingué en arrière plan. Ouais. À tel point que l’on sait plus où se mettre comme auditeur. Il n’y a rien de bien stable sur ce deuxième disque. L’ordre des pièces semble avoir été tiré à la roulette. Ça donne quelque chose comme un truc vraiment punk-rock (Tic tac), suivi d’une toune électro (premier single, Pas de panique), une chanson super sombre avec des arrangements angoissants (Anna), une ballade guitare-sèche-genre-feu-de-camps (Batiscan), de la musique de Franz Schubert (oui oui, le compositeur du XIXe) travestie et collée sur un texte complètement déglingué (Le Sexe). Je pense que vous comprenez le portait. Ça tire de tous les bords tous les côtés en se disant que ça va bien finir par toucher une cible. Et ça marche, à plusieurs reprises. Mais c’est pas de la musique de pantoufles. Et c’est tant mieux comme ça.


Des bombes, il y en a quelques-unes sur le disque. Et des bombes qui pètent au bon endroit. Pas de panique, cet espèce d’anti-art poétique tirant à bout portant sur les torts et les travers de notre chère industrie du disque, en est une. Ici, les rythmes électros servent parfaitement le propos, créant une espèce d’hymne dance dans laquelle l’ADISQ mange la pelle. Construite en deux sections sous forme de projecteurs, la chanson met de l’avant deux réalités de la vie d’artiste : celle du mangeur de « vieux spagatte au pesto » qui « cuisin[e] du crystal meth » et celle de la consécration par le milieu, qui permet de « grimper sur les palmarès / Et aux jambes de filles ». Le tout saupoudré d’un refrain qui perce, complètement jouissif. Ça ne réinvente rien dans le propos (c’est probable que n’importe quel artiste moindrement underground ait déjà enregistré ou est entrain d’écrire une toune contre l’ADISQ), mais c’est tellement bien fait que le plaisir d’écoute y est. On peut également penser à des chansons comme Tic Tac, en ouverture d’album, plus classique dans sa forme très punk-rock, mais qui fait ce qu’elle a à faire : ouvrir avec une claque sur la gueule bien placée. Ou encore à Napalm qui, sérieux, vaut le disque à elle toute seule.


Côté textes, on est à des années lumières des Goules. Exit les crabes de poches, les taupes dans ‘police, les Gontrand qui adorent le jazz nanana. Kouna recentre ses efforts vers des textes beaucoup plus intimistes (Napalm, Batiscan) en n’oubliant pas de poser un regard sévère sur cette espèce de monde de fou (Le sexe). Les textes de Du plaisir et des bombes ont quelque chose de schizophrénique, constamment sur la ligne entre la folie pure et simple et une lucidité effrayante. C’est pas toujours propre propre propre. Les coups sûr, Kouna les place lorsqu’il s’arrête et prend la mesure de son talent de poète (mais bon, Kouna fait dire que « [l]es poètes sont des cons », donc tenez-vous le pour dit). Maudit de maudit, écoutez Napalm, juste pour voir. Une espèce de suite de phrases infinitives, truffées de clichés gros comme le bras constamment désamorcés par le vers suivant, qui viennent enrichir ces syntagmes figés pour les montrer sous un nouveau jour. Ça vaut la peine d’en citer un bout : « Toucher tes étoiles / Du bout de la langue / Le coeur en cavale / Sous les palmiers de tes hanches » ou encore « Déposées mes armes / Baissées mes défenses / Les crocs de tes charmes / Mordent les os de mes jambes ». Là, Keith Kouna touche au centre de ce qui fait sa grande force de frappe poétique.

Depuis la sortie de l’album, on a eu droit à un bon nombre de critiques qui célébraient Batiscan, sorte de ballade de service en milieu d’album qui traite un peu maladroitement, si vous voulez mon avis, d’un sujet très sensible : la mort du père. Le texte se laisse prendre dans le piège de la rime constante. « C’est pus pareil / Oh non c’est différent / Ça m’fait mal / Ça m’fait de la peine / Par en dedans / Tout le temps ». Ouais bon, c’est correct pour Vincent Vallières parce-qu’il-est-cute-pis-toute, mais c’est le genre de lignes qui font tiquer davantage qu’elles ne bercent.


(D’ailleurs, faudrait vraiment qu’on en jase de l’importance de la rime dans la chanson. C’est-tu un passage obligé, de tout le temps chercher la rime en fin de vers à tout prix, quitte à miner le sens ? Qui c’est qui a décidé ça ? Robert Léger, dans son affreux livre Écrire une chanson ? On y reviendra une autre fois, promis promis.)


Sinon, Kouna s’en sort la tête haute. Outre quelques petits accrocs ici et là, l’ex-Goule donne à entendre un disque béton, quoique très éparpillé. Les musiques rentrent au poste, la réalisation et les arrangements (les percussions en général, solides comme c’est pas possible) sont impeccables et les textes jouissent d’une douce folie bien placée. Si j’étais au Guide Restos Voir et que Du plaisir est des bombes était dans mon assiette, je vous dirais que c’est un bien bon snack qui mérite pas mal d’étoiles.




Jean-François Thériault



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