Poésie – Catherine Lavoie

Natalie Reis, Toxic Cornucopia, Acrylique sur toile, 2010, 183 cm x 245 cm. http://www.galerietroispoints.qc.ca/artistes/natalie-reis/
Natalie Reis, Toxic Cornucopia, Acrylique sur toile, 2010, 183 cm x 245 cm.
http://www.galerietroispoints.qc.ca/artistes/natalie-reis/




Petite survie



Marcher.
Ça commence par l’espace.

J’ longe pus les murs
Là, c’est eux qui me rasent.
Murs de lames, murs de larmes,
De lamentations sourdes.
Ça se rapproche et se colle
Ça se r’ferme sur moi
Je les vois, je les sens,
Leurs rebords acérés
Qui me frôlent l’épiderme
Et j’sais pu dire la peau
De la plaie qui s’allonge
C’est à moi qu’ils se frottent
Mais c’est moi qui s’y pique
Qui s’y coupe, s’y saigne
À toutes les veines.

 

Avaler.
Quand j’peux rien prendre.

J’ desserre pus les lèvres
Le fil blême qui suture
Mes silences, mes sourires
Derrière ma bouche tirée
Au réveil, j’mâche mes dents.
Au déjeuner, j’les avale
Et puis les mots avec.
Et ça crisse.
Résonne en crisse
Et ça passe
Ent’ deux lampées d’acide
Ces maux à digérer
À pousser et r’pousser
Au creux de l’estomac

 

Voir. Entendre.
Quand ça s’en prend aux sens.

Les bras qui font des arabesques
Pour chasser les p’tites mouches
Noires pis luisante devant mes yeux.
Les corps flottants qui volettent
Autour de mes pupilles
Des acouphènes pour le regard

Parlons-en des acouphènes!
Le bourdonnement infernal
Quand ça te vole au visage,
Ça fourmille dins’ tympans.
J’entends pus rien,
Ça vient de loin,
Les voix,
Les sons,
Sauf le maudit bourdonnement
Qui vient d’en d’dans

 

Penser.
Quand j’trust pu mes perceptions

J’essaie de fermer les yeux,
Fuir le bombardement
Des images anarchiques
Qui s’impose en visions
Stroboscopiques sous la rétine.
Retenir les idées épileptiques
L’étourdissant ballet des sens
J’arrive pu à démêler
Le fil de ma pensée
Qui s’perd pas, se casse pas
Pis je m’étrangle avec.
Je cherche à mettre des mots
Mais je ne pense qu’en instinct
En ressenti
En animale
Je réfléchis en pulsions
Impulsions
Réactions.

 

Respirer.
Quand les lèvres bleuissent dans la noyade

Malgré le séisme thoracique
Les côtes qui menacent de s’effondrer
Le sternum qui s’effrite déjà.
C’est comme les murs, ça rapetisse
Ça rétrécit, ça passe pas,
L’air stagne sur mes lèvres.
Je cherche mon souffle, ça vient pas,
C’est la bouche qui ouvre pu,
ou les mouches qui s’jettent d’ins poumons
Ou les dents qui coincent, qui me noient, m’étouffent
me remplissent, j’ sais plus ce qui m’asphyxie
Le cou se creuse à aspirer du vide
Et ça tremble, ça gronde, ça tonne là-dedans
C’est le coeur qui s’emballe
Et qui remonte dans ma gorge
Et ça bloque
Et ça m’serre
Pour que ça redescende.
Breathe in, breathe out
Fuck it.

 

Revenir.
Finalement.

Ça commence par les mouches
qui s’en vont tranquillement
Avec leur bzzzzz entêtant
Ma bouche qui s’déverrouille
L’air qui rentre,en bourrasque
Et c’est frais et c’est doux
Et ça chasse le bleu
Qui s’attarde sur les joues

 

Et j’expire. Longtemps.

Mon souffle repousse les murs
Et Je peux les longer
Sans danger…
Les lames sont retournées
Se cacher sous le plâtre.










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