Comme de faux – Carl Bessette.

Les éditions de l’Écrou lançaient  « Comme faux » de Carl Bessette le samedi 3 mars au Pas sages sur Rachel. Lancement-spectacle ; lecture et musique.

Les deux poètes et fondateurs en ont beaucoup à dire sur le milieu littéraire actuel, surtout en ce qui concerne la poésie. Et placés — juste avant le lancement — entre la scène, le bar et la foule qui s’est déplacée pour assister à un événement de poésie, Jean-Sébastien Larouche et Carl Bessette cèdent à une énergie du verbe qui répond tout à fait à la situation. Vieux modèles, littérature québécoise fonctionnaire, essoufflement et tous les champs lexicaux du moribond et de l’obsolète se succèdent parfois avec sincérité, et parfois avec humour. Ce qui prime, c’est la poésie. Et comme les deux hommes nous l’ont dit : « S’il y avait eu de bonnes publications en poésie, on ne serait pas devenus éditeurs ».

Malgré une soirée à guichet fermé, il nous a tout de même semblé que ces événements sont toujours trop courts, comme si planait sans cesse la crainte de lire un moment de trop et d’ennuyer le public. Quand, au contraire, c’est tout le reste qui l’ennuie.

Et il nous sembla qu’encore trop de gens répondent à leur téléphone en hurlant un murmure pour tenter de se faire discrets. Et parler dans le corridor des toilettes amplifie le son. Le résonnement de votre voix, monsieur l’inconnu, portait une énorme absurdité.

« Aux nouveaux poètes d’Amérique », indique le recueil avant même que les pages soient numérotées. C’est toute l’essence des éditions de l’Écrou qui y trouve un écho. Comme faux c’est un peu « comme il faut » et « comme c’est faux ». Ses poèmes s’installent dans un jeu d’humour subtil, qui laisse planer le doute sur ses intentions. « Et je connais bien mon pays / moi qui ai toujours voulu être astronaute » dresse une distance extrême lorsqu’il est question d’une figure de la nation. Et ce genre d’oxymore fait sourire.

Une trame musicale reste en filigrane. Rapprocher le Jazz et la poésie est un truisme qui peut faire pleurer plus d’un doctorant en lettres, mais le lien est tout de même à faire ici.

Culture d’une culture sagace, où Sinatra, Baudelaire, Beethov, Maïako, Charlot, Van Gogh, Shakespeare et le Che se répondent, Comme faux grince en offrant le voyage d’un narrateur qui « dors mieux dans l’auto / l’autobus le train les gares / né pour la mer et les stops / mon confort est un avion ».

C.

« Les Doctorants », mal capturé à l’écran par un iPhone, au fond de la salle :

« dans la matière

trop immense pour leur corps

ils marchent

emmitouflés dans la maladresse

et l’air du savant fou

ils aiment ça

avoir une mauvaise barbe

un œil hagard

américain

de la ligne bleue

avec leurs papiers à la main

remplis d’hypothèses élégantes

hygiène à réveiller les morts

avec un sceau distinct

je crois en eux

têtes seules

sans fil

sans cesse

sur le point

d’accoster

sans rancune. »

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