La fêlure (I) : Introduction

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Premier texte d’une série qui réfléchit sur un Québec en crise.


L’Histoire advient, qu’on le veuille ou non. Et rarement est-elle advenue si proche de nos yeux — rarement l’avons-nous entendue si clairement —  rarement l’a-t-on sentie aussi distinctement nous glisser des mains.

Cette Histoire, c’est l’histoire étrange d’un regard condescendant que porte une « majorité du silence » sur sa jeunesse — sa jeunesse qui a décidé de s’interroger, de réfléchir un moment, de douter, de remettre en question un modèle qui, visiblement, craque et laisse tomber dans ses crevasses toute la génération qui devait le porter sur ses épaules. C’est l’histoire de citoyens au regard effaré qui ne trouvent rien d’autre à faire que de froncer les sourcils tandis que leurs enfants dépoussièrent la corruption, le gaspillage, les mensonges et la main de fer de la finance.

C’est l’histoire de parents qui, une fois leurs impôts, leurs taxes, leur maison, leur spa, leur voiture, leurs études, bref, leur juste part payée, se sentent nargués par cette jeunesse qui espère autre chose que de vivre sous le seul signe de l’amertume — cette jeunesse qui déchire les mailles du tissu social en affirmant qu’elle peut faire mieux que de s’engager dans une lutte de marché où l’accomplissement d’une vie ne tient qu’au revenu qu’elle génère.

C’est l’histoire de la répartition des choix de vie sur une hiérarchie rigide où l’intérêt est un retour sur investissement au coeur d’une année qui est toujours fiscale.

C’est l’histoire de la quête du libre marché, ultime et unique oasis possible, qui transforme le Nord du Québec en carte au trésor et qui rappelle à chaque nouvelle génération que tout le reste est sans importance — cet univers qui rend mythique le choc du « un contre tous » et qui s’affaire à remplacer fraternité par compétition — amitié par potentiel d’affaires.

C’est l’histoire du coup de matraque qui devient soudain tout à fait normal et légitime. L’histoire durant laquelle se taper dessus devient souhaitable et mène à bien le sain processus dont on se sert maintenant pour résoudre les conflits.

C’est l’histoire d’un Québec qui a refusé de penser, qui a rabattu les gens qui s’éloignaient de la grande marche vers la banlieue où l’espoir est en solde et la vie s’achète en versements égaux.

C’est l’histoire d’un Québec écran de fumée — où tout le monde parle en même temps à son interlocuteur démagogue et, surtout, surtout, jamais aux autres.

C’est d’abord l’Histoire d’une étape charnière, où on ne peut plus rire des gens qui ont peur des communistes, qui laissent tomber « gaugauche », « lynchage » et « bien mérité » dans la même phrase. Parce que cette violence de l’ignorance est passée du commentaire haineux en bas de page sur Cyberpresse à la rue – plus féroce que jamais. Parce que la mascarade est terminée et qu’on a découvert la grimace affreuse du Québec qui espère, au-delà de tout le reste, de bientôt prendre sa retraite.

par Charles Dionne

avec

Laurie Bédard

Gautier Langevin

Fabrice Masson-Goulet

Samuel Mercier

Alice Michaud-Lapointe

Jean-Benjamin Milot

Mathieu Poulin

Éric Samson

Cette série de texte est publiée en simultané sur La Swompe

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