Poésie – Olyvier Leroux-Picard

Les principes actifs du printemps

(Introduction et fin)

I

des éclats de rue
juste ça
à la criée des forces
la fracture est ouverte
et la marche penche:
on nous prodigue des saignées!
(les rues n’en finissent plus d’acquiescer au tempérament de nos artères)
on ne voit pas coaguler
l’éthos d’une génération

II

l’air lacrymogène on nous force
à pleurer de voir clair :
chaque larme porte en elle

la trame de l’injustice.
un air reconnu.

III

les thorax crachent
l’air qu’ils engagent et nous devenons des grenades
sous les explosions nous érodons lacrymaux les montagnes
nous les déplaçons

IV

à chaque pas
les vêtements déchirés
ne se lavent pas à chaque pas
se forme l’ombre de nous-même

V

on voit rouge, une lumière
voilà pourquoi nous marchons
le jamais vu brandi
à côté du poing          une fissure
marque et césure de nos âges
appelle les siècles et d’elle
nous pratiquons une brèche
porteuse, dans le quotidien du dégel,

nous faisons le printemps
à coups d’inédits

(Le lien vers VI à XII)

 

Sous influence Ducharme

 

XXX



pendant que des vadrouilles polissent les cratères de l’asphalte

que la pissance écoutent ses bandes rembobinées ses cul-de-sac magnétiques,

moi, je me débossèle l’écoeuré

je me donne de la tenue cardiaque

du piston-rêveur

ma carrosserie, c’est un muscle qu’on ne peut pas mastiquer

je l’ai tellement mis de l’avant que j’peux pu r’virer de bord

je me suis donné le choix

de pu leur donner :

ils me l’ont trop levé, l’cœur!

faut ben que j’me décarcasse le fauché

que je leur fasse des versements d’expressions

que je me gonfle de poésie d’abordance!

XXXI



–    Quelle langue y parlent, eux autres?

–    Une ostie de langue de circulaires! Ils ont pas lu le collant renseigné sur nos caboches postales : le gavage a fait pété nos boyaux, on a la tuyauterie qui fuit de partout. T’as pas vu l’monde dans rue qui teinte la marre avec des casses-culs! C’est pas rien qu’une cuillérée, ça!

–    Ah pis c’tu pas drôle que les égouts débordent à cause des pleins-de-marde!

–    Mais y voyent pas ça, eux autres, le printemps souterrain qui se sort du trou, qui dompe ses fertilités sur l’asphalte pis que ça fait des couches d’humus, des sédiments où se r’planter! C’est nous autres qui l’font, l’avis public, pis toute c’qui trouvent à contrefaire encore, c’est de jouer à l’autruche dans c’te beau grand criss de débordement-là! C’est eux, asteur, qui sont dans marde jusqu’au cou, en partant de la tête. Leur corps est ben gros, ben gras, fait ben peur, mais y peuvent pu bouger pis y voyent rien.

XXXII

–    Ça d’l’air de ben faire leur affaire à eux de nous priver de nos facultés, pis y’en ont des relations publiques pour le faire passer, y’arrêtent pas d’nous baiser! Ben à l’aise toi, en robe de chambre de commerce! Y nous font des spéciaux par-dessous l’marché, toi! Des lois gratuites avec polices d’assurances qu’on va finir par échapper nos savons! Ils nous demandent juste quelle sorte de tétines on veut, pas quel set de valeurs! J’ai pas une estie d’cenne pour un monde en vente, mais tout mon p’tit change pour le r’faire. C’est ça qu’yé t’abordable.

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