Portrait – Librairie Le port de tête

Si vous aimez un peu les objets plus ou moins lourds que sont les livres, vous connaissez probablement la librairie Le port de tête. Lieu de toutes mes déambulations littéraires, le 262 avenue Mont-Royal Est est le terreau de toutes les effusions intellectuelles qui peuvent surgir de deux pages de romans qu’on lit avant de l’acheter ou de deux verres de vin gratuits.

Il y a de ces endroits qu’on porte dans notre cœur et qui sont devenus des symboles sans qu’on s’en rende compte. Il y a de ces endroits qui incarnent bien plus que ce qu’ils sont. Le port de tête est un de ces endroits. Et alors que tout le milieu littéraire tremble devant l’ombre de l’envahisseur numérique, la librairie multiplie les événements et s’installe encore plus dans nos vies.

Éric Blackburn, copropriétaire, répond à nos questions.

Poème sale : Quelle est la genèse du projet Port de tête? D’où vient l’idée? À quand remonte-t-elle? Etc.

Le port de tête est né d’une insatisfaction. Nous voulions contrôler notre inventaire, en relever la qualité, ne pas l’ouvrir aux domaines qui nous laissent indifférents, par exemple la spiritualité, la croissance personnelle, etc. Notre ancien employeur nous parlait de « mark-up » et de rendement au pied linéaire, pas de poésie. Nos intérêts n’étaient pas les siens. C’était sa business, nous comprenions très bien ça. En 2005 nous est venue l’idée d’ouvrir une librairie dont la raison d’être ne serait pas de remplir une caisse à tout prix. Ça s’est concrétisé en 2007.

Poème sale : À quel moment la librairie est devenue un si haut lieu de lancements et d’événements littéraires?

C’est allé rapidement. Dès le premier mois d’août on a fait un lancement pour Marc Desjardins des éditions Le temps volé. Il avait invité beaucoup de monde, des éditeurs, des écrivains. On s’est échiné comme des dingues à faire un patio, on a servi des pommes, des raisins, des jus, les gens s’en sont rappelé. Puis en novembre, Eric de Larochellière et Karine Denault, du Quartanier, ont organisé un lancement monstre qui a marqué l’imaginaire des gens. Il y avait beaucoup de jeunes lecteurs et de jeunes écrivains, beaucoup de vin, de nourriture, beaucoup de bonne volonté. Dans la soirée on a éteint les néons, tamisé les lumières. On était dans une librairie, on dansait, la musique jouait à tue-tête, on s’amusait.On a vendu ce soir-là plusieurs centaines de livres lancés, ce qui n’arrive jamais. On a été plusieurs à comprendre certaines choses.

Poème sale : La vie, les activités et la mission du Port de Tête se sont-elles transformées dans le contexte actuel qui oppose l’envahisseur Amazon avec les livres numériques aux maisons d’édition, aux librairies et aux livres papier?

Non, pas vraiment. Jusqu’à preuve du contraire, Amazon et consort n’offrent pas de service de libraire, alors qu’ici on mise beaucoup sur le service-conseil… Quant au livre numérique, nos clients peuvent désormais les acheter au Port de tête en passant par le portail sécurisé ruedeslibraires.com

Poème sale : Les unes après les autres, les librairies ferment : Clément Morin à Shawinigan, Plume & Chocolat, Fichtre et Nicholas Hoare à Montréal par exemple. Pendant ce temps Le Port de tête double sa superficie? Comment est-ce possible?

D’abord, vous devez savoir que Le port de tête loge dans un immeuble amical, chez des propriétaires qui lui veulent du bien, et que c’est LA raison fondamentale de ce possible dont vous parlez. Ça fait en sorte qu’on est moins pressé de vendre notre âme! Ceci étant dit, depuis l’ouverture notre sélection s’est plutôt radicalisée. Et si nous devons cette radicalisation à nos valeurs (intellectuelles, esthétiques, etc.), dans une moindre mesure nous la devons aussi au fait que la plus grande librairie du Québec, Renaud-Bray Saint-Denis, se trouve à deux pas de chez nous, qu’elle attire du monde et que ça nous oblige à rester alertes! Par ailleurs, en ébauchant notre plan d’affaires on s’est aperçu que le secteur Mont-Royal/Saint-Denis, dans un rayon de deux kilomètres, comptait la plus forte concentration de librairies en Amérique du Nord, et plus on est de fous…

Poème sale : Qu’a le livre papier d’unique? Seulement sa matérialité? 

Oui, tout est là. Sentir, toucher, voir les différences d’un livre à l’autre, tout ça est masqué par les liseuses et autres tablettes. Nous avons beaucoup d’amour pour les éditeurs qui accordent un soin particulier à la présentation de leurs livres, comme L’Oie de cravan, La Peuplade, Le Quartanier. Nous commandons même directement chez certains éditeurs français pour cette raison, et parce qu’ils ne sont pas distribués au Québec, je pense entre autres à Finitude, Cent pages et à Eric Pesty. Je suis peut-être dans le champ, mais je ne crois pas à la disparition du livre papier… du moins tant qu’il y aura de l’espace.

Pour ne rien manquer de toute cette effervescence, aimez leur page Facebook et lisez leur blogue!

 

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Charles Dionne

@dionnecharles

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