Poésie – Mathieu Simoneau



Ceci n’est pas une révolte


ce n’est pas une révolte c’est un noeud qu’on défait tant pis pour vos mains sales tant d’arbres mourront dans vos yeux fermés avant que la lumière se fasse le pays brûle à petits feux couvés dans la tourbe du nord et vous continuez à jeter les choux gras non ce n’est pas une révolte c’est un silex qu’on aiguise
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il n’y aura pas de recueil juste une longue plainte un bredouillement d’animal mourant dans la steppe il n’y aura qu’un long râle coagulé dans la nuit il n’y aura pas de recueil mais l’orgueil d’une voix qui refuse de fermer la valve
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il est fini le temps des poèmes étincelants je fouille la glaise de ton entrecuisse j’ai du corps la vaste souvenance des saisons je n’ai plus rien à craindre me voilà vague et nu dans le tremblement prolongé des arbres je capte un signal je n’ai rien à vous dire sinon allez donc allez donc moi je vais à mon rythme et qu’on me laisse mon errance le temps d’écarter les multiples lèvres de ma nuit
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des rues et des rues le remords naissant des autoroutes entre les villes je suis perdu mon corps est une aube qui s’échappe d’un soleil de chair crue je ne crie pas c’est un silence de plus que je vous garroche en pleine face je ne vous tendrai pas la main je la garde pour une gifle sifflante j’entends vos paroles sans fenêtres vos paroles mesurées talonnées estampillées vos paroles murées vos paroles de fauteuil de cuir et de tapis rouge vos paroles à visage de tôle et vos discours en façades de briques je vois d’ici le précipice où vous menez comme des bêtes les boulevards et nos rêves surpeuplés
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vous aurez beau dire vous n’écouterez pas et je garderai ma parole en moi comme un troupeau qui bêle le long des clôtures qui se presse et qui pioche je retiendrai le continent foulé de ma voix pour de plus vastes espaces
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je serai bref ne vous inquiétez pas je ne vous dérangerai pas trop mais mes mots seront des épées dans vos chaises des punaises dans vos lits des bebittes entre les murs vous n’entendrez rien mais les mots ont la couenne dure et les dents longues
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gardez-les vos crisse de poèmes j’en ai noirci aussi des pages mais la nuit est toujours plus noire je désespère des mots de leur insuffisance natale c’est si difficile d’être là derrière soi de se porter soi-même et de déranger vos pourparlers j’ai si honte de n’être que moi devant vous






Un peu plus sur Mathieu ICI

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