Des nouvelles de MMEH – COMBUSTIO [GILLES JOBIDON]

La rubrique Des nouvelles de Ma mère était hipster retrace, chaque mercredi, nos articles coups de coeur de ce site culturel montréalais qu’on aime d’amour.

MMEH sur Facebook et Twitter

Vous retrouvez l’article original ici, sur mamereetaithipster.com

__________________________________

Un roman difficile à classer, mais aussi à lire. Cette lecture fut comme un devoir, une tâche à accomplir, malgré le grand intérêt que j’avais pour ses thématiques: cirque, histoire de l’art, conservation d’oeuvres, enquête, Histoire. Mais il ne faudrait pas croire que je n’ai pas apprécié ma lecture. En fait, cela m’a permis de plonger dans des univers qui m’intéressent vivement et j’ai donc pu satisfaire ma fascination, par exemple, pour les milieux forains, la recherche comme historien d’art, les récits de vie de différents protagonistes aux existences très singulières.

Résumé: C’est emportées par le thème du feu, élément destructeur et régénérateur, que les nombreuses intrigues de ce roman se déploient sur plusieurs époques et continents. À travers une investigation contemporaine des plus singulières menée par la jeune archéologue Jane Dix, nous nous retrouvons à Paris en mai 1968, puis à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous nous déplaçons à Buenos Aires au XVIIe siècle et explorons le Jakarta des Années folles. Nous faisons une incursion au chevet d’un Louis XIII mourant au moment où l’on sort toutes les toiles de sa chambre, sauf celle réalisée par Georges de La Tour. Nous suivons à la trace le peintre des Nuits dans sa course contre la mort. Nous croisons Henry

Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge, qui s’évertue sans succès à commercialiser le pyrophone, un instrument de musique appelé familièrement l’orgue à feu. Nous voyageons en Indonésie, où une célèbre fildefériste s’avance sur un câble tendu entre deux îles volcaniques. Nous arrivons à Memory Cove, sur le littoral atlantique américain, où une orpheline de guerre est adoptée par un couple amish. Dans la lagune d’Igura, nous assistons à la découverte, par l’éminent botaniste Basileo Basilei, d’une plante aux propriétés étonnantes qu’il nomme le Draco Ullulens Argentinensis.

Ironiquement, la plus grande qualité de ce livre est aussi ce qui le rend difficile d’accès. Le résumé seul vous en fait déjà part: le roman s’éparpille dans de nombreuses histoires qui sont à la fois fascinantes, mais aussi extrêmement enchevêtrées. Pour le lecteur, il n’est pas si aisé de s’y retrouver et de démêler les nombreux personnages qui entrent et sortent, ou simplement de garder en tête les lieux où ces événements se passent, à quelle époque et, surtout  qui les racontent. En effet, le livre est basé sur les différentes histoires que proposent les personnes rencontrées par Jane, l’héroïne de ce roman dont le récit personnel se retrouvera, la plupart du temps, supplanté par une multitude d’autres récits. S’y mélangent les existences de personnages historiques comme Georges de la Tour, Henri Dunant ou encore Francis Bacon.

Ce livre est littéralement bourré de références et pourtant, jamais on ne sent de côté pompeux ou un agaçant étalage de connaissances, mais plutôt un réel intérêt pour des sujets aussi diversifiés que la botanique, l’invention du pyrophone ou encore les premières utilisations du ballon dirigeable. Les curieux/curieuses en sortiront inévitablement contentés et, même peut-être, gavés. Sous forme de livre, c’est littéralement un réel cabinet de curiosités que l’on trouve, une sorte de musée historique parfois étrange où se recoupent les existences de gens qui, de prime abord, n’auraient pas nécessairement eu l’occasion de tisser des liens. Mais dans ce bouquin, on réalise rapidement toute l’absurdité de la vie et des chemins qui sont créés, par hasard, entre ces personnes.

La trame de fond,  cette enquête sur l’origine d’un tableau que l’on attribuerait à George de la Tour – cet artiste à la production intrigante et mal connue du public et même des connaisseurs – est le prétexte pour s’intéresser à une multitude de sujets et de personnages. Jubilatoire pour ma part, le livre débute sur une incursion détaillée de l’univers du peintre Francis Bacon. On visite son atelier/appartement, on détaille certaines de ses toiles, son approche créatrice, son tempérament. À plusieurs reprises, on se penchera sur l’existence d’inventeurs, tant du domaine scientifique qu’artistique. Le fil conducteur de ce livre demeure toujours la création, mais aussi le feu. Ce feu destructeur, mais aussi créateur, que ce soit d’instruments, de modes de transport, ou encore comme symbole de redéfinition après qu’il eut transformé des existences.

L’analogie que je pourrais faire, concernant la structure de ce bouquin, est la suivante: j’ai eu l’impression de me retrouver dans “Les contes des 1001 nuits”. En effet, le premier narrateur perd rapidement son titre pour le donner à un autre qui lui-même laisse sa place à une tierce personne et ainsi de suite. Il s’agit souvent d’un personnage qui raconte pour un autre qui est absent, il faut donc se rappeler qui raconte à la base et pourquoi cette personne le fait, car le tout fait évoluer la fameuse enquête. Vous comprendrez maintenant pourquoi il n’est pas nécessairement évident de suivre la trame qui, vraisemblablement, n’est pas linéaire. C’est pourtant fort intéressant. Si vous êtes amateurs de contes, des récits imbriqués, vous jubilerez, car ce livre en est rempli.

Pour être bien honnête, j’en sors avec un léger tournis, mais tout de même heureuse d’avoir croisé cette lecture que je recommande. Pour le côté foisonnant de la chose, pour satisfaire l’insatiable curieux/curieuse en vous, pour vous gaver d’informations et revivre des moments-clés de l’Histoire, et plus précisément, ce qui a construit cette histoire de l’art que l’on connaît, parfois, bien mal.

À lire.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s