Des nouvelles de MMEH – DES FILLES QUI ONT DE LA GUEULE [FESTIVAL FIL – LION D’OR]

La rubrique Des nouvelles de Ma mère était hipster retrace, chaque mercredi, nos articles coups de coeur de ce site culturel montréalais qu’on aime d’amour.

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Vous retrouvez l’article original ici, sur mamereetaithipster.com

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Photo: Pierre Crépô

La toute première soirée de slam à laquelle j’ai assisté en 2009 avait été pour moi une sorte de « révélation ». Je me rendais compte de l’accessibilité de cet art, et que toutes et tous pouvaient en faire. Pas besoin d’être poète ou d’étudier en littérature, il suffit d’écrire et d’avoir cette volonté de monter sur scène pour projeter sa propre parole. La semaine qui a suivi cette première performance hautement inspirante, je me suis mise à l’écriture, et depuis ce temps, j’ai fait plusieurs spectacles, notamment dans des maisons de la culture et à l’O Patro Vys, en plus d’avoir donné quelques ateliers de slam dans des écoles secondaires et centres de femmes. Je n’ai jamais perdu ce plaisir à écouter les textes des autres. J’étais bien heureuse qu’on me propose d’assister au cabaret Des filles qui ont de la gueule jeudi soir dernier au Lion d’Or. Ce soir-là, mon sentiment de « révélation » était encore aussi présent et je me suis sentie inspirée par la qualité des performances, des lectures et des slams, d’autant plus que ce spectacle s’inscrivait dans une démarche féministe.

Dix femmes issues du milieu du théâtre, de la littérature, et d’ailleurs. Elles ont tout de même un point en commun : une sensibilité pour les mots, leur environnement et les arts. Elles ont livré une part de leur poésie devant un public absorbé par leur présence. Et c’était franchement intéressant de les entendre et de recevoir leur message, la plupart inspirées par ce dernier printemps, d’autres par une rage effervescente et engagée. Depuis leur premier passage aux Francofolies en 2009, le cabaret Des filles qui ont de la gueule a changé de couleurs par un renouvellement des performeuses, invitant d’autres femmes à joindre leur parole. Et leur diversité était éloquente. Elles ont parlé de leurs angoisses, de la mort, de leurs amours et ont dénoncé sur un ton direct les nombreux paradoxes sociaux. Cette soirée était dédiée à l ’auteure-compositrice-interprète Eve Cournoyer, une grande amie de la conteuse Isabelle St-Pierre, et une source d’inspiration pour Marie-Paule Grimaldi, l’animatrice de la soirée. Celle-ci nous a transmis d’un ton calme, posé et d’un verbe toujours aussi réfléchi l’importance du féminisme et de la solidarité entre les femmes artistes qui écrivent et créent souvent à l’écart des autres, dans leur solitude.

Isabelle Saint-Pierre est montée sur scène pour un slam sur son amie Eve Cournoyer, et a su brillamment transmettre au public la force de son amitié pour cette amie disparue et surtout son incompréhension autour des circonstances de sa mort. Avec des mots posés et un rythme captivant, elle a parlé de sa quête de réponses à travers un périple à Sept-Îles peu après le décès de la chanteuse, une ville dans laquelle cette dernière aimait se retrouver. J’en avais des frissons. Marie-Paule Grimaldi a aussi chanté 2 secondes, de l’album Sabot-de-Vénus, avec émotions. C’était triste et beau, et une belle façon de perpétuer la voix d’Eve Cournoyer et sa mémoire.

Photo: Pierre Crépô

La comédienne et écrivaine Louise Bombardier est aussi montée sur scène pour y lire un de ses récents textes dans une plume soignée et très littéraire. Elle avait cette éloquence et la prestance qu’on lui connaît au théâtre lors de cette lecture dont le sujet portait sur la vieillesse. La slameuse et comédienne Queen Ka a interprété des textes de son cru avec sa verve habituelle. Le public était suspendu à ses lèvres. Ses écrits sont riches, finement structurés et bien aérés. Elle a su prendre des pauses aux bons moments pour transmettre la réflexion au public et s ’est servi de répétitions qui résonnaient afin d’affirmer brillamment son message. Et tout cela dans une interprétation théâtrale qui sort du lot. Cette femme est tout simplement fascinante, et je me compte bien chanceuse d’avoir été sa slameuse invitée pendant deux soirs aux Francofolies, en 2009.

Photo: Pierre Crépô

La soirée s’est poursuivie avec un micro ouvert, ce qui a permis au public de slamer dans tous les styles. C’était beau d’entendre la diversité des discours et on pouvait reconnaître certains slameurs et slameuses qui participent régulièrement aux soirées animées par Ivy à l’O Patro Vys. Je suis moi-même montée sur scène après minuit, pour y faire un texte au style incisif sur ma ville natale. Renouer avec la scène et le contact d’un public qui réagit à ce qu’il voit, il n’y a rien de plus enivrant. Le slam permet l’interaction et les échanges, étant donné que les gens qui composent le public peuvent aussi se retrouver sur scène lors d ’un micro ouvert. Cet événement aux couleurs féministes et organisé dans le cadre du Festival international de littérature a confirmé le côté rassembleur de cet art.

Site web du Festival FIL

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Caroline Lévesque

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