Des nouvelles de MMEH – LES CICATRISÉS DE SAINT-SAUVIGNAC (HISTOIRES DE GLISSADES D’EAU) [COLLECTIF]

La rubrique Des nouvelles de Ma mère était hipster retrace, chaque mercredi, nos articles coups de coeur de ce site culturel montréalais qu’on aime d’amour.

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Vous retrouvez l’article original ici, sur mamereetaithipster.com

Éditions de Ta Mère, 2012

Sarah Berthiaume, Mathieu Handfield, Jean-Philippe Baril Guérard et Simon Boulerice

4 saisons, 4 auteurs. On débute au printemps. Une jeune demoiselle nous dépeint le quotidien de sa soeur Chelsea, une jeune femme de 16 ans qui utilise ses atouts pour attirer les garçons autour d’elle. Ses atouts, ce sont ses seins. « Les jardins de Babylone » comme le dit sa jeune soeur. On ajoute même que, jusqu’à maintenant, l’attraction principale de la ville était certainement cette fameuse poitrine. Mais tout va changer, car une grande nouvelle a été annoncée. En effet, Saint-Sauvignac va se doter d’un parc aquatique. Dans cette ville où il ne se passe à peu près rien et où l’on s’inquiète de franchir la « track » de chemin de fer parce qu’un homme s’y serait suicidé et que des émanations des usines qui y sont installées sont plus ou moins nocives, l’arrivée de ce parc fait fureur. Les enfants ne pensent qu’à ça.

C’est d’abord la jeune soeur de Chelsea qui est narratrice dans le chapitre intitulé « Printemps », Nathaniel, un jeune homosexuel qu’on surnomme « Bouboule », prend ensuite le relais pour l’été. L’automne est narré par Cédric Eberstack, un nerd de première qui se croit supérieur à tout le monde. Finalement, la partie « Hiver » sera racontée par Hugo, toujours accompagné par « le petit garçon à la queue de rat », un enfant qui ne parle pas et souffre vraisemblablement d’un retard mental. Pour sa part, Hugo s’adresse constamment à Dieu, persuadé d’être son fils et d’avoir une destinée hors du commun. Voisins pour certains, amis pour d’autres, ennemis aussi, on assiste aux querelles de cour d’école typiques, mais le tout est exacerbé par l’arrivée imminente de ce fameux parc et, particulièrement, de la très haute glissade qui s’élève vers le ciel et que tous les garçons ont envie de défier: la « Calabrese ».

Le jour de l’ouverture arrive pourtant une réelle tragédie. En raison d’une histoire d’amour avortée sur le chantier de construction où se bâtissait la glissade en question, un clou égaré a été planté en plein milieu de celle-ci et déchire le corps d’une bonne centaine d’enfants qui, excités, se lancent dans l’attraction tant attendue. Ils deviendront « les cicatrisés de Saint-Sauvignac ».

Comme si ce récit n’était pas déjà assez absurde, voici que s’ajoute à cela une division qui se fera alors entre les « normaux » et les « cicatrisés ». Ils seront tour à tour: mis à part, mélangés aux autres, recevront un programme spécial hyper strict et ensuite ultra laxiste, seront traités comme des parias, ensuite comme des rois, bref, on ne sait trop quoi faire avec ces enfants-là. Des compétitions s’installeront même entre eux,  par exemple à savoir qui est le plus mal en point et mérite donc plus de respect… La ville est sens dessus dessous, les promoteurs ont fui et le côté de la « track » qui devait être revitalisé par la présence du parc redevient ce non-lieu que tout le monde évite. Seuls les vestiges sont encore là, la « Calabrese » toujours à sa place avec son fameux clou qui la traverse.

J’ai déjà fait l’expérimentation de quelques titres parus aux Éditions de Ta Mère, comme Ceci n’est pas une histoire de dragons et M.I.C.H.E.L. T.R.E.M.B.L.A.Y., mais je dois dire que celui-ci surpasse largement les autres en matière d’absurde et d’efficacité. On adore cette histoire tellement loufoque, complètement pétée, mais en même temps, tout à fait plausible. C’est d’ailleurs cette mince ligne avec tout ce qui est vraisemblable qui fonctionne à merveille: on imagine réellement toutes ces situations, on visualise très bien un petit patelin perdu et drabe où un chamboulement du genre pourrait se produire, mettant alors en lumière les psychoses de chacun. Et c’est sans compter les des dialogues tordants et les répliques savoureuses. Pas toujours « politically correct ». Et on adore ça.

Bouboule est un homosexuel. Il se fait beaucoup niaiser à l’école à cause de ça. Mais pas par moi. Moi, c’est plutôt le contraire; à partir du moment où Landry a commencé à le traiter de gai, j’ai arrêté de l’appeler « Suifman », pis je me suis mise à lui parler. Je le trouve pas vraiment plus intéressant, mais le fait d’être passé du statut de looser à celui de marginal constitue quand même, à mon sens, un step radical qui mérite mon respect. Maintenant, quand je le croise, j’imagine son futur tumultueux, plein d’hommes épilés et de sodomies épiques. Et je l’envie un peu.

Bref, à vous mettre sous la dent dès que vous avez l’occasion. C’est drôle, bien écrit, les quatre voix se suivent extrêmement bien et, franchement, on savoure cette petite plaquette dans le temps de le dire.

***

Myriam Daguzan Bernier

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