Poésie – Nicholas Dawson




Tiergarten


On a planté là des forteresses, étendu le bitume. L’herbe s’est faite à l’idée. Autour de la grisaille se mêlent l’envahisseur et l’envahi : nous ne savons plus où débute la cité, où se termine la forêt. Comme les arbres l’hiver, nos murs maintenant sont tous les mêmes. Ni homme ni souffle, rien que des demeures. Cachons-nous dans les creux que la neige tarde à combler.


Tu t’amuses? Crois-tu que nos jouissances dynamitent les parois? Nulle feuille ne tremble sur nos corps. Ton plaisir ne vaut rien. C’est dans l’immobilité que la forêt se soulève. Regarde. Le vent tourne l’arbre vers le béton.


j’ai gravé sur ce tronc
les lettres de notre amour
du fond de la forêt
persistent
les cris d’une autre lutte


On a planté là une forêt d’espoirs nouveaux. Les arbres dissimulent les décombres. Nous ne sommes pourtant pas les seuls à connaître le secret, à danser sur les ruines que les rumeurs révèlent. Entends-tu rugir ces bêtes quand tu me baises?


La cadence pose mon visage contre le béton : des torses plus maigres ressemblent à des feuilles mortes, à des larves à l’agonie. Odeur de bois humide et de chairs brûlées. Écoute la forêt déjà gorgée d’une autre histoire. Écoute l’urine couler sur les éclats de verre. Écoute. Les remparts parmi les arbres reçoivent la colère des hommes, la colère des chiens. Nos baisers ne sont qu’une rage de plus.



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