Poésie – Hoda Adra




Mi-rage


Je peuple mon cahier,
Cette armée de papier,
Ce recueil de feuilles
De mes formes insensées.
J’écrie à l’arraché
Des triangles de rage,
Des girouettes aux virages
De mon esprit caché.


Ma tête réfléchit trop,
Elle tête le troupeau
De nos îles aux ailes amputées
De peur qu’elles ne soient trop scrutées.
Je me fais une carapace
Comme un dromadaire-rapace
Dressant sa vague d’eau
Contre un courant de chameaux.


Nos solitudes se font la course,
Elles se disputent, s’entre-discourent,
Mélancolie à la mode
En grande surface (religion commode),
Les sourires accessoires
Ornements de gloire
Des pauses-publicité
Érigent le bonheur jusqu’à causer la cécité.


La cécité dans laquelle on vit est ingrate.
Elle gratte nos rétines avec des cris illusoires
Qu’on aurait besoin de plus de lames à nos rasoirs
Elle insulte le silence
Elle parle à tort et à travers
Elle a peur de l’absence
Que la virgule appose au vers


Et moi je m’ennuie quand le vide est trop rempli,
Le silence perd la réplique,
La seconde tait son tic,
La minute passe sans faire la file,
Les heures s’entassent du jour à la nuit,
Le temps se débarrasse de ce qui est utile.


On ne parle plus de la fonction des sentiments
Des coeur à coeurs animaux
Des battements de bois massif
Tambourinant nos plus gros maux
Des attaques d’éclair vif
Qui allument nos tonneaux,
Thorax avides de tonnerres
L’habile rate une rotation de Terre.


Tous les jours la lune nous tue sans qu’on la salue
Sans qu’on s’en fracasse, le soleil attend
Pour éclairer nos faces
Sans pour autant nous facturer
À chaque seconde, mes orifices connectés à l’air qui circule en toi
Souillent la seule présence qu’on a réduite en artifice.


Nos parures ne perdureront pas
Nous les ôtons avant de sauter dans les draps de nos oublits
Nos bagues de mariage, cages auriculaires,
N’enculeront pas l’épave de notre union infinie
Quelle monnaie hibernera dans nos tirelires?
Celle que l’on jette au joueur de lire
Des catacombes du réseau.


La mélodie composée par l’histoire n’a plus d’oreilles pour la voir,
Tout s’écoute avec les yeux
Pourquoi alors en a-t-on deux
Si l’on ne regarde que si peu à droite,
Si peu à gauche,
Sitôt l’écran serre l’étau proche du bout du nez.


Tout s’égoutte avec les yeux sans plus verser de larme,
L’embargo sur nos âmes ratifié par l’organe qui s’arme,
À la douane du cerveau
Je succombe,
J’ai déserté ma tombe
Caveau synaptique du pratico-pratique.


Et je m’éclipse dans l’odeur du sucre
Que les rayons font fondre dans le coeur des troncs
Je tends vers l’infini une branche qui crache des feuilles
Expliquant à la nuit qu’elle n’a jamais été seule
Qu’au début de ma vie, c’était moi sa lune
Que je l’ai habitée comme un noyau remplit sa prune
Qu’elle m’a abritée jusqu’à mon jour de fortune.


Je peuple mon cahier,
Cette armée de papier,
Ce recueil de feuilles
De mes formes insensées.
J’écrie à l’arraché
Des triangles de rage,
Des girouettes aux virages
De mon esprit caché.
Je pulpe l’éprouvette
De mon âme secrète
Élucidant la devinette
Du huit qui s’est couché.




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