Poésie – Anthony Lacroix





Bière en spécial ou Tu me ferais lire du Shawn Cotton




Je voudrais que tu habites au-dessus du dépanneur chinois.


Parce que j’bois trop, pis que ça rendrait l’utile à l’agréable.


Je voudrais que tu habites au-dessus du dépanneur chinois.


Celui sur Galt, là.


Je passe tous les jours devant en quittant mon 2 1/2 pour aller prendre l’autobus.


Le soir, j’y arrête pour acheter de l’alcool et des cigarettes.


Toujours quelque chose à fêter.


Souvent, juste pour avoir su passer la journée.


Si tu habitais le même immeuble, je ne rentrerais pas chez moi.


J’irais au frigo du fond, prendrais des grosses canisses au hasard, d’la Black bull ou une Fin du monde, traverserais la porte derrière la caisse, monterais les marches, ne cognerais pas à la porte de ton appartement et irais déposer mes achats sur le comptoir de ta cuisine.


Je m’y sentirais comme chez moi sans jamais y avoir mis les pieds.


Je sais exactement comment tu aurais placé tes meubles et laissé trainer les livres dans l’appartement; retardant toujours l’achat d’une nouvelle bibliothèque.


Il est toujours possible de retrouver sur chacune de tes tables et chacun de tes fauteuils, tes achats des quatre derniers salons du livre de l’automne.


Les armes à penser de Shawn Cotton serait sur le dessus de la pile à côté de ton lit.


Tu m’aurais pris la main, devenue libre de bière, et guidée jusqu’à lui.


Comme une enfant, tu m’aurais fait asseoir sur ton lit en pesant légèrement sur mes épaules; j’attendrais toujours que tu me regardes.


Dans mon souvenir, tu t’empares d’un recueil et l’ouvres à la page marquée d’un trait de crayon de plomb.


Toujours fière de me faire découvrir un passage que tu trouves particulièrement réussi.


S’improvisant critique littéraire, Benoit Dutrizac, Christiane Charette ou n’importe qu’elle animatrice sur Tou.tv, le temps d’une subvention culturelle, on décortiquerait le fond, la forme, en se faisant des schémas à la Jacobson sur les factures de gaz.


On aurait plus l’air de Richard Martineau, peut être moins pire, en croyant tout savoir sans avoir terminé nos diplômes.


Je voudrais que tu habites au-dessus du dépanneur, celui sur Galt, au coin de ma rue.


Te croiser un matin de fin de semaine sans lait, entre les chips et le chocolat de Pâques en spécial.


Dans un dépanneur avec juste deux allées, on se serait croisé, inévitablement.




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