B – Matthieu Dugal

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Poème sale a demandé à 52 auteurs d’écrire sous l’influence du bavardage. Lisez leurs textes du 1er au 28 février 2013. Retrouvez les textes publiés antérieurement dans notre Table des matières





BANALITÉ





«I would sum up my fear about the future in one word: boring. And that’s my one fear: that everything has happened; nothing exciting or new or interesting is ever going to happen again… the future is just going to be a vast, conforming suburb of the soul.»

JG Ballard


«J’aurais dû faire mes jambes, avoir su…»

Nicolas, Occupation Double, 3 décembre 2012





Le 18 avril 1930 en Angleterre, au bulletin de nouvelles de 18h30, l’annonceur de la BBC annonça que rien ne s’était passé d’intéressant depuis quelques heures, qu’il n’y avait rien de nouveau dans les nouvelles et que conséquemment, le bulletin serait remplacé par une pièce de piano.


Pas étonnant que notre époque s’intéresse peu à celles qui l’ont précédée. À part quelques guerres qui font maintenant d’excellents documentaires (et encore, pas trop lointaines, les guerres), quel océan de platitudes.


Aujourd’hui, heureusement, rien n’est banal, tout est exceptionnel. La preuve ? Le clip extraordinairement nouveau et indéniablement sur la coche le gros d’un immense chanteur coréen dépasse le milliard de visionnements ? C’est parce que c’est bon. Les Rolling Stones amassent 800 trillions de dollars dans leur 543e tournée que 4963 médias relatent ? C’est parce que c’est beau. Un nouveau gratte-ciel voit le jour dans le ciel de Québec, qui ressemble à un hôtel-casino de Las Vegas ? C’est la preuve que nous sommes arrivés dans le XXIe siècle et que la fine fleur des décideurs commande maintenant du vrai et pas des cochonneries comme le pont du Gard et autres cathédrales de Cologne (quoique la cathédrale de Cologne ça fait beaucoup de likes sur Instagram. Bon, mettons que ça fait des belles photos). Les retweets innombrables d’une personnalité médiatique qui y va d’une fine analyse politique en 140 caractères ? La preuve que l’exceptionnel est ici, parmi nous, et qu’il rayonne.


En fait, la principale différence entre aujourd’hui et les époques d’avant le cinéma avec sièges vibrants, c’est qu’aujourd’hui, l’exceptionnel est reconnu et le banal, ignoré. Paf. Le vieux grincheux de JG Ballard – que d’ailleurs personne ne connaît – a tout faux. Il prédisait un monde ennuyeux ? Nous vivons maintenant dans le génial au quotidien. Et ce qui n’arrive pas à la cheville de cette grande fête de l’enthousiasme communicateur tombe lentement dans l’oubli. Le progrès, en fait, ne s’est jamais aussi bien porté. Les audiences des salles de concert ne cessent de diminuer partout dans le monde ? Mahler, voyez-vous, c’est long, surtout vers la fin. Et ça, les masses d’aujourd’hui le comprennent instinctivement. Pas besoin de cours d’histoire pour le comprendre. En fait, surtout pas besoin de ça.


Il y a justement quelque chose de profondément touchant quand on constate que nous vivons dans une époque qui s’autosuffit. Les sommes théologiques, les traités philosophiques, les longs récits de découvertes sont maintenant avantageusement remplacés par une pensée concise qui se comprend. Marc Lévy est plus vendu que Diderot… cela veut dire quelque chose… non?


De toute façon, n’oublions pas que Dietrich Fiescher-Dieskau, que certaines élites vieillottes considèrent comme l’une des plus grandes voix du XXe siècle, est mort sans jamais s’être fait dire par Marc Dupré qu’il avait de l’avenir.


Alors hein…



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