N – Shawn Cotton

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Poème sale a demandé à 52 auteurs d’écrire sous l’influence du bavardage. Lisez leurs textes du 1er au 28 février 2013. Retrouvez les textes publiés antérieurement dans notre Table des matières



Nuit



J’ai le bruit ambiant
dans les draps poussiéreux d’un retour en taxi
full pin sur Papineau
trop tard pour dormir qu’un autre verre casse
sur le plancher de nos chambres en bordel


j’ai ma vie dans la fille aux pores sources de Jack-Daniels
celle-là qui culbute minuit sur le débarcadère de Berri-Uqam
fille du moment où les réverbères brûlent leurs ampoules


j’ai cette idée comme un sérum au vent pirate qui
dans les artères froides de Hochelaga d’où je télescope mon lit défait
d’où je sens sur mes doigts se défaire son odeur au fil des cigarettes


j’ai le non-sens comme un sérum au vent pirate qui me fait vivre
des beautés de tout ce qu’il reste demain
j’aurai des hoquets de lendemain
et le café fera des enfants au cœur des poèmes


feuille sur feuille faisant un lit de ruelles
Montréal saoule valsera
à y trouver l’amour que tu ne saurais dire
comme le disent les chansons kitchs


c’est ce qui n’est pas encore aimé qui n’a pas encore de fin
son œil ressemble aux signaux des autobus beau verre de fort
même si mon estomac capote ( 12 shooters tombés de son lit)


j’ai l’essentiel
en borborygmes de mon ventre vide
contre un ventre de souffre sans serrures
et les lumières du pont comme les freckles de l’Aube endormie


les jours sont décousus fil rouge s’échappant du cœur de ma veste
et les trains haute vitesse pleuvent sur les banlieue du dimanche


je cherche un temps qui n’est pas cercle parfait
dans l’orange acide des bars chaumières
où ce sont les serveuses la lumière
grand bock de bière en forme de voyage


robes japonaises à tissus de seins
grenadines de pieds éreintés sur le sel de la montagne
esplanades des rues flâmment rues de la chair peaufinée
grand battement de petits orchestres écume de l’Oubli
dans toutes les rues si droites qu’éternelles d’être straights


je disparais jusque dans les nouvelles où les vieillards font l’amour
rejoindre celle qui a les pieds pourpres des illuminés électriques


je connais ce qui me pousse à la fantaisie
éternel retour ô beauté à l’index de mon cœur
un jours tu m’auras infiniment ditché
dans la cour rouge-gorge des miracles discrets
déposant d’invisible sangs sur ma poitrine


mais cette nuit est une belle nuit


pour égrainer le proverbial haschich entre ses ongles


pour fumer le papier peint des bunkers


j’attrape la dernière cigarette poussant des lampadaires
j’ai les mains en lampions pour faire fondre les bibittes
les mains scarce de cacao
encore un peu de nos visages
que mes lèvres n’ont pas touchés


je m’enfarge dans les lueurs vertes d’huile de l’aube
(tout ces verres et j’ai peur de me pisser dessus)
c’est un rythme qu’il faut voler
avant qu’il ne t’invente


il faut voler les maisons voler les fantasmes
l’alcool des bars l’argent des subventions
le bonheur des bourgeois voler les regards
pour rire la dose de soie des dérives


du temps perdu derrière ce que je brode
des carcasses de signes


Montréal fille facile


j’ai le rien comprendre
le pourpre au fond du cœur
la poésie bien monde


courir sous les orages




Shawn Cotton a joué au théâtre, publié 2 livres de poésie et enregistré 2 disques. Il a traduit Ginsberg, a fondé la maison d’édition Le Cosmographe et le collectif Volte21. Il a promené sa musique un peu partout en Amérique du Nord et en Europe.





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