P – Geneviève Pettersen

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Poème sale a demandé à 52 auteurs d’écrire sous l’influence du bavardage. Lisez leurs textes du 1er au 28 février 2013. Retrouvez les textes publiés antérieurement dans notre Table des matières



PROCRASTINATION



6:33. Sophie, a.k.a. « Monstro Archibald », me réveille. Elle veut jouer avec mon téléphone. Je lui tends en espérant que ça va me permettre de dormir jusqu’à au moins 7:02. Dans ma tête, je me sens coupable de laisser un enfant de 3 ans user des pleins pouvoirs de mon iPhone. Ça ne dure pas longtemps. Le sentiment de culpabilité, je parle.


6:41. Le jeu des princesses de Disney est jammé : Sophie ne veut pas que le jeu mette sa face à elle à la place de la face d’Ariel pour faire comme-si-elle-était-une-princesse et elle a pesé sur tous les pitons. Je la fais jouer aux Cake Pops. Elle aime ça, les bonbons. Ça va peut-être me permettre de dormir jusqu’à 7:02.


7:02. Sophie pleure parce qu’elle ne veut pas arrêter de jouer avec mon téléphone. Elle ne veut pas déjeuner non plus parce qu’elle sait qu’après, elle va aller à la garderie. Je lui promets que si elle fait tout ce que je dis, elle va pouvoir jouer à Talking Roby un petit peu avant de partir.


9:25. Sophie a fini de manger ses toasts. C’est long parce qu’elle écoute des vidéoclips de Michael Jackson sur l’Apple TV. C’est genre 1 bouchée pour Billie Jean, deux bouchées pour Thriller.


10:00. Le père de Sophie et moi revenons de la garderie. On va toujours porter Sophie ensemble. On fait tout en famille, sauf le déjeuner. On laisse ça à Michael Jackson.


10:01. Je me dis que je vais me faire un café avant de commencer à travailler. Pendant que la cafetière chauffe, je vais sur Facebook.


10:29. Je suis sur le wall d’Alexie Morin depuis une demi-heure. Je lis un post qui raconte qu’elle a failli se faire frapper par un camion de pompier en faisant son jogging. J’essaie d’imaginer comment je pourrais prendre part à la conversation. Finalement, je me dis que j’ai des textes à écrire pour des clients et un blogue à entretenir dont les statistiques souffrent de mon manque d’assiduité. Je renonce.


10:30. Mon café est officiellement frette.


10:31. Je me google pour voir si on parle de moi ou de Madame Chose. Google me dit qu’on parle pas de ni l’une ni l’autre.


10:35. Je remarque qu’il y a plein de traces de pattes de chien sur mon plancher. Je décide de passer le swiffer parce que ça me tombe sur les nerfs. En le passant, je me dis que c’est la façon la moins écologique de faire son ménage mais qu’en même temps, ça va tellement bien pour faire disparaître le chien du plancher. Je me sens comme une habitante de Wisteria Lane. Je décide de me faire un chignon.


10:50. Je retourne sur le wall d’Alexie Morin pour lui suggérer de placer son iPod dans son soutif pour ne pas qu’il gèle pendant qu’elle court. Je me rends compte qu’il y a 17 commentaires à propos de sa mésaventure de joggeuse. Je les lis un par un.


10:55. Je me dis qu’un petit tour sur Cyberpresse ça va me détendre avant de commencer à travailler. Mais avant, je vais sur Facebook et j’écoute un vidéo de rap d’Hochelaga que Chantal Guy a posté.


10:58. Je partage le vidéo sur mon wall. Plein d’autre monde partage aussi. Je ne suis toujours pas allée sur Cyberpresse, mais il y a 37 commentaires sous le vidéo de hip hop reposté par mon chum.


11:15. Je prends mes mails. Un client me demande quand je vais lui envoyer mon texte. Je me rends compte que j’ai complètement oublié de l’écrire et je lui promets pour avant 17:00. Je vais sur My Habit parce que dans mes courriels ça dit qu’il y a une vente London Fog.


12:00. J’en viens à la conclusion que les sacoches London Fog sont pas si belles que ça et je retire celle en spécial à 325 $ qui était dans mon panier. J’ai faim.


13:00. Je me dis que j’aurais pas dû commander du Just Noodles parce que ça va m’endormir. D’ailleurs, je m’endors déjà. Pour me réveiller, je me fais un autre café et je vais sur Twitter. Je juge les tweets d’un troll dont je tairai le nom, je fais un copy-paste du plus lame et je l’envoie à Caroline Allard.


13:45. Caroline me dit qu’on devrait arrêter de parler dans le dos du monde et travailler. Je réalise qu’il me reste pas grand temps avant d’aller chercher Sophie à la garderie.


13:46. Edouard Bond vient de poster une autre photo cochonne des Hardcorettes. Je vais voir et me dit qu’il y a quand même beaucoup de filles qui ont les totons slotcheux.


13:50. Je réalise que mes boules aussi sont slotcheuses. Je regarde les sites de chirurgies esthétiques. Une fille sur Twitter a dit qu’il y a avait un bon chirurgien des boules à l’Îles-des-Sœurs. Je le cherche.


14:30. Je regarde les plans de financement offerts pour se faire refaire les seins, pis je me dis qu’avec une brassière ça paraît pas pas tant que ça. De toute façon, je suis au-dessus de ça, moi, les apparences.


14:31. Je vais sur le site de Québec Solidaire.


14:32. #not.


14:33. Je commence à écrire le texte que j’avais oublié d’écrire.


14:33. Ma mère appelle pour dire qu’il fait frette à Chicoutimi : -36 sans le facteur vent. Je vais sur le site de Météo Média pour voir si le froid s’en vient à Montréal.


14:45. Le chien a envie de pisser.


15:00. Il me reste juste une demi-heure avant d’aller chercher Sophie. Le chien a fait d’autres traces de pas sur le plancher.


15:01. Swiffer, la revanche.


15:10. J’écris le titre, le lead et l’intro de mon texte.


15:30. Je suis en train d’oublier Sophie.


16:00. Je réalise que je devrais aller chercher ma fille, mais j’ai pas fini mon texte. Je me dis que les journées passent trop vite et que j’ai jamais le temps de rien faire. Je me dis que si je fais jouer Sophie un peu à Fairies Fly, je vais pouvoir terminer mon texte avant 17 heures.








Geneviève Pettersen est née en 1982 à Wendake, après que sa mère ait été prise de contraction en magasinant de l’artisanat Huron. Elle a grandi entre Québec, Jonquière, Chicoutimi, St-Honoré et Falardeau avant de poser ses pénates à Montréal un peu avant les attentats du 11 septembre 2001. Après des études en sociologie des religions et en littérature à l’UQÀM, elle a travaillé dans l’édition puis fait un saut en publicité pour finalement revenir à son premier amour, l’écriture. Fascinée par ce que révèlent les histoires de bonnes femmes, elle blogue sous le pseudonyme de Madame Chose.







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