Poésie – Jean-Sébastien Larouche

14.Nadia_Moss


ESTIE D’BITCH


tu m’déçois
tellement des fois
que j’veux pus rien savoir
comme un poupon borné
tout rond rose et roi et enfermé dans une chaise haute
débecté d’la purée qui goûte pus bon
qui ferme les yeux la bouche les oreilles
les mains comme des poings
qui résiste
qui peut juste pus
en avaler plus
des fois…


tu m’déçois
avec tes trucks tout pleins d’amour parfumé
bon marché télévisé made in china
que t’utilises pour vendre n’importe quoi
que ça m’en foque le cœur
que ça en fait du roc
comme un chien blessé mais prêt à crever
qu’on picosse sous la véranda
avec un bout d’bois pour qu’i’ sorte de là
d’un coup des fois que…


tu m’déçois
quand tu pleures les soldats
volontaires de ton pays…
quoi ? quoi, ma chérie ?
on leur avait pas dit que les cours de tuerie
ça s’donne aussi dans d’autres pays
que c’est œil pour œil
dent pour dent…


vas-y
essuie tes pleurs avec des bills de sang


non mais, tsé…


tu m’déçois
tellement des fois
que j’ai comme le goût qu’tu sois pus là
quand tu laves le trottoir au boyau d’arrosage
ou ton char quatre fois par semaine
et qu’un inconnu
à même minute à chaque fois
s’déshydrate jusqu’au rigor mortis
quèque part ailleurs que tu t’en crisses
mais bon
chus là à t’faire des remontrances écologiques
quand moi-même, des fois
y’a des journées où j’arrête
tout à fait totalement consciemment de recycler
juste pour aider à la dégradation accélérée
faire ma part comme toé
qu’on en finisse
prendre sans rien r’donner
pour participer
des fois…


tu m’déçois
tellement trop souvent des fois
quand tu mets ton doigt dans l’cul d’un enfant
quand tu décapites par religion
quand t’enjambes les corps morts sans remords
quand tu checkes ça sur YouTube ou à télévision
quand tu joues ta famille au vidéo-poker
ou qu’tu la tapoches jusqu’à c’qu’a meurt
quand tu planifies des désastres pour le profit
quand tu médiatises tes filouteries
comme si c’tait meilleur qu’la crème glacée
pendant qu’tu fomentes la vie derrière des portes fermées
quand t’es jamais satisfaite de c’que t’as
que t’en veux toujours plus
plus p’tit plus gros
plus cher plus beau
t’es pas arrêtable
t’es pas raisonnable
des fois…


tu m’déçois
tellement qu’des fois
j’fume des bats pour froster
pour t’oublier pour pus penser
pour m’en câlisser comme toé
tellement souvent des fois
qu’mes plantes d’intérieur
doivent avoir peur de moi
des fois…


tu m’déçois
tellement des fois
que j’veux pus rien savoir


quand trop souvent des fois, t’es portée à oublier
un des sens qu’la sémantique a attribué
à ton nom damné :


Humanité.





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