Poésie – Benoit Mendreshora

Jesse Hazelip, Heaven, Crayon sur papier, 24x40", 2013
Jesse Hazelip, Heaven, Crayon sur papier, 24×40", 2013




Fugitifs

 

des bouffées de béton
plein les poumons
une course folle à lier
l’envie de s’effacer
malgré les avertissements
des amis radars
dans les miradors
nos mains se crispent
tes ongles me font mal
paraitre
comme une obsession
la face écrapoutie dans un miroir
ne voir que ce qui nous poursuit
respirer le jugement
jusqu’à cracher du sang
ils suivront la trace
pas à pas, goutte à goutte
s’enliseront dans la vengeance
nous n’aurions peut-être pas dû
hurler en canon
tes bottes te ralentissent
des ressorts sous les miennes
mais l’envie d’être ailleurs
nous soude
notre souffle est à réaction
nos battements rockent
les téléphones tendus
bleuissent le ciel
ils sont hommages
ils nous réconfortent
nous propulsent
nous colorent une haie d’honneur
et s’éteignent sitôt que notre passage
les assèche d’une brise
d’un parfum de liberté
de l’espoir qu’on insuffle
voilà qu’ils l’emprisonnent
dans le coffre-fort des souvenirs
le gardien vitré et silencieux
qui fait rêver les soirs d’ennui
belle bulle blindée
que l’on fracasse avec ses os
quand c’est la veille d’être trop loin
l’urgence des urgences
pas celle où l’on attend
celle qui nous fait prendre l’avance
mais il faut quand même être patient
éviter le gaspillage de munitions
d’ici-là, taire le tapage
se faire absent et vigile
calfeutrer les desseins lumineux
contrôler son respire
anesthésier son cœur

les poursuivants trébuchent
dans le noir équivoque
ils sont dispersés parmi les fourmis
pendant qu’on nous déchire une porte
nous descendons l’escalier
agrippés en boule
semblables, coupables
cachant mutuellement nos têtes
de nos bras de fer
contre les préjugés
nous aurons broyé les suiveurs
du revers de la main
ils vont souffrir jaune
en grognant leurs vœux
que la terre nous crache
qu’elle nous rejette
comme on écrase doucement
un tube de pâte à dents
deux organes perce-neige
dans l’asphalte blanchie
de péchés capiteux
menthe glacée frencheuse

ils astiquent déjà la surface
du rouleau qui compresse
aplatisseur de révolutions
endormies dans le confort
elle profite des plus faibles
ankylosés, conformes et lisses
la zamboni philosophe
et lisse les aspérités
couche les aspirations
à chaque passage à vide
asphyxie les envies
rebelles et laides
les prêtres et prêtresses
patinent sans fantaisie
sur les têtes vidangées
menacées par les lames
de la conformité bandée
et sous le dôme suspendu
au-dessus des pantins
une valse de stress
est crachée par des canons

ça va ?
ça va
tu saignes ?
c’est ton sang
je n’ai pas mal
c’est l’ivresse
embrasse-moi








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