Poésie – Catherine Lavoie

22 mai Spaghetti and sauce spilled on kitchen floor

Natalie Reis, Toxic Cornucopia, Acrylique sur toile, 2010, 183 cm x 245 cm. http://www.galerietroispoints.qc.ca/artistes/natalie-reis/

Natalie Reis, Toxic Cornucopia, Acrylique sur toile, 2010, 183 cm x 245 cm.
http://www.galerietroispoints.qc.ca/artistes/natalie-reis/





Petite survie



Marcher.
Ça commence par l’espace.

J’ longe pus les murs
Là, c’est eux qui me rasent.
Murs de lames, murs de larmes,
De lamentations sourdes.
Ça se rapproche et se colle
Ça se r’ferme sur moi
Je les vois, je les sens,
Leurs rebords acérés
Qui me frôlent l’épiderme
Et j’sais pu dire la peau
De la plaie qui s’allonge
C’est à moi qu’ils se frottent
Mais c’est moi qui s’y pique
Qui s’y coupe, s’y saigne
À toutes les veines.

 

Avaler.
Quand j’peux rien prendre.

J’ desserre pus les lèvres
Le fil blême qui suture
Mes silences, mes sourires
Derrière ma bouche tirée
Au réveil, j’mâche mes dents.
Au déjeuner, j’les avale
Et puis les mots avec.
Et ça crisse.
Résonne en crisse
Et ça passe
Ent’ deux lampées d’acide
Ces maux à digérer
À pousser et r’pousser
Au creux de l’estomac

 

Voir. Entendre.
Quand ça s’en prend aux sens.

Les bras qui font des arabesques
Pour chasser les p’tites mouches
Noires pis luisante devant mes yeux.
Les corps flottants qui volettent
Autour de mes pupilles
Des acouphènes pour le regard

Parlons-en des acouphènes!
Le bourdonnement infernal
Quand ça te vole au visage,
Ça fourmille dins’ tympans.
J’entends pus rien,
Ça vient de loin,
Les voix,
Les sons,
Sauf le maudit bourdonnement
Qui vient d’en d’dans

 

Penser.
Quand j’trust pu mes perceptions

J’essaie de fermer les yeux,
Fuir le bombardement
Des images anarchiques
Qui s’impose en visions
Stroboscopiques sous la rétine.
Retenir les idées épileptiques
L’étourdissant ballet des sens
J’arrive pu à démêler
Le fil de ma pensée
Qui s’perd pas, se casse pas
Pis je m’étrangle avec.
Je cherche à mettre des mots
Mais je ne pense qu’en instinct
En ressenti
En animale
Je réfléchis en pulsions
Impulsions
Réactions.

 

Respirer.
Quand les lèvres bleuissent dans la noyade

Malgré le séisme thoracique
Les côtes qui menacent de s’effondrer
Le sternum qui s’effrite déjà.
C’est comme les murs, ça rapetisse
Ça rétrécit, ça passe pas,
L’air stagne sur mes lèvres.
Je cherche mon souffle, ça vient pas,
C’est la bouche qui ouvre pu,
ou les mouches qui s’jettent d’ins poumons
Ou les dents qui coincent, qui me noient, m’étouffent
me remplissent, j’ sais plus ce qui m’asphyxie
Le cou se creuse à aspirer du vide
Et ça tremble, ça gronde, ça tonne là-dedans
C’est le coeur qui s’emballe
Et qui remonte dans ma gorge
Et ça bloque
Et ça m’serre
Pour que ça redescende.
Breathe in, breathe out
Fuck it.

 

Revenir.
Finalement.

Ça commence par les mouches
qui s’en vont tranquillement
Avec leur bzzzzz entêtant
Ma bouche qui s’déverrouille
L’air qui rentre,en bourrasque
Et c’est frais et c’est doux
Et ça chasse le bleu
Qui s’attarde sur les joues

 

Et j’expire. Longtemps.

Mon souffle repousse les murs
Et Je peux les longer
Sans danger…
Les lames sont retournées
Se cacher sous le plâtre.










Poésie – Anna de Sandre

21 mai Spaghetti and sauce spilled on kitchen floor

John Ancheta, Bunker, huile sur toile, 2013,  152 x 203cm http://battatcontemporary.com/english/exhibitions/topographies

John Ancheta, Bunker, huile sur toile, 2013, 152 x 203cm
http://battatcontemporary.com/english/exhibitions/topographies





L’odeur de la fève tonka


J’évite
la rue de la Chouette
où une vieille gosse
tire en laisse
un singe soyeux
recousu
derrière les deux oreilles.
On peut l’appeler Lola
Anne-Charlotte
ou pourquoi pas
Mama Bouba.
Son nom son âge
elle ne s’en souvient pas
depuis les Nuits
des Gros Couteaux.

Elle a cassé la branche
d’une famille
où ça vit
des mille et des cents
où ça oublie
de crever
et de léguer
de la poudre sèche
sur les pistes de glace
du zigzag
dans la course
d’un monarchiste
en fuite
et des nuances
dans le sifflet
d’un mockingbird.

Elle dit pour ne pas
perdre la face
après avoir déjà
perdu la tête
qu’elle veut créer
un autre espace
un tout petit
qui respirera
par des artères
serrées entre les pierres
des bâtiments
où elle mettra
de chaque côté
un bar à soupe
et un bar à eau
le premier Zanzi
et le deuxième Cinna.

Sur sa chair ferme
au grain
déjà putrescible
il y a l’odeur
de la fève tonka
cuite aux rayons
de mille soleils.
Mille révolutions
d’un astre faiblard
empêché par les arbres
plantés plus tôt
de brunir sa peau
par la fenêtre de son bureau
sur lequel elle gratte
(il est au fond
du couloir
la dernière porte
à droite)

Je sais que les hommes
et les garçons
de son ancienne maison
ont tiré fort sur un drap grossier.
Je sais que tous les gars
de cette capitainerie
suaient dessus
devant la bâtisse
où elle avait passé
une dernière nuit
dans le faible
l’obscur et l’humide
à écrire
pour ne plus sentir
l’odeur poisser entre les douches
et les linges propres
et à tirer des lignes au stylo
à défaut
d’être de la lignée.

Se reconnaître par le choix
d’un nom de plume
collée pleine de merde encore
au cul de l’œuf
d’où elle voulait sortir
pour naître légale
oui légitime et officielle
et qui sait peut-être par la presse
d’un imprimeur.

Tu pues, bâtarde !
(Elle le savait.)

La senteur de vanille
était des armoiries
d’une étrangère
et son faux père
ses faux oncles
et ses faux frères
jouaient
pour une nuit
à passer avec elle
jouaient
à reculons
les poings serrés
sur ce foutu drap
pour gagner
et l’emporter
faire un trophée
de son amande
et puis cracher
sur son visage.

Les rares fois
où je la vois
je baisse les yeux
et presse le pas
car je n’ai rien fait
pour qu’entre la lumière
dans ses nuitées
et dans son con déchiré.

Je la voulais tant moi
sa bâtisse
ils m’ont dit
Tu te tais
(j’étais en bas)
on te la vend
et on disparaît.

Une fois je l’ai croisée
dans cette rue
de la Chouette où
(je ne sais plus qui me l’a dit)
elle rêve sur ses commerces
en comptant
avec ses pas.

En me pressant
à sa hauteur
j’ai coulé
un bref regard
et vu ses narines
frémir.
Je crois
qu’elle a reconnu
sur moi
l’odeur
de la fève Tonka.








Poésie – Catherine Morency

20 mai Spaghetti and sauce spilled on kitchen floor




Loin de l’Arkansas, j’implose




Tandis que le carbone mûrit
sur le dessein d’une étoile massive
trois noyaux d’hélium fusionnent
en une branche érigée rare


nos vie sauvages et rouges
immobiles dans la nature pourtant
précaire une masse creuse son sillon
à même la faim solaire et au centre


ce mois de mai qui à force
d’étincelle sublimait ses bombes
dans des rues plus larges
que la mesure du possible


quand je babillais haut et fort
toi tu buvais un petit lait suri
déjà la violence et l’orage
avaient renoncé à te prendre


venu de très loin tu investis
le corps entier de ma vie
au crépuscule déjà tu dessinais
des cimes je revoyais l’Hérault


quand les volcans crachèrent
en coulées de graphite
de petits os noircis
pour te rendre fou


avant que naisse la terre
braises dissimulées sous les charbons
nous voici dans les remous de mon ventre
bus par la soif douloureuse d’être mortels








Catherine Morency a publié de la prose et de la poésie, parmi lesquelles Les impulsions orphelines (2005), L’atelier de L’âge de la parole (2006), Marie Chouinard, chorégaphe (2006) et Sans Ouranos (2008). Elle prépare un recueil qui devrait paraître, si tout va bien, d’ici l’an 3000.






Grosse semaine – 17 mai 2013

16 mai Grosse semaine

Tu viens de t’acheter pour 400$ de linge chez Abercrombie and Fitch?


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Lire à voix haute aide les enfants dans leur apprentissage de la lecture. Une autre bonne raison de hurler les poèmes scatologiques de George Bataille dans le salon à Noël.


Tu sais pas quoi écrire comme roman? Inspire-toi des plans manuscrits d’auteurs fameux.


C’est officiel, les jeunes préfèrent lire en ligne sur un écran.


En déplacement dans le cadre de ta job de marde? Sache reconnaître celles et ceux qui cherchent à scorer selon les livres qu’elles ou ils lisent (à part l’évident Fifty Shades de marde).


Maintenant que tu viens de scealer le deal et que tu vas fourrer un(e) inconnu(e), sélectionne un hôtel qui offre des choix de lecture direct dans chambre.




Grosse semaine








Merci Vickie.

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Lecture de Vickie Gendreau à la soirée SPAPE au bar le Mot-Dit lors du Off-Festival de poésie de Trois-Rivières, édition 2012, le 6 Octobre. Enregistrement réalisé par Pierre Brouillette-Hamelin









BLEUEMARIE

Le dilletantisme ou la vertu

La main cornue

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A literatura é a maneira mais agradável de ignorar a vida. -Fernando Pessoa

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