Poésie – Gabrielle Tremblay

28 Nov

Axel Geis, Chandelier 3, huile sur toile, 240 x 180 cm, 2013

Axel Geis, Chandelier 3, huile sur toile, 240 x 180 cm, 2013





Broadway brûle



« J’avais le visage dans le ciel
le ciel dans le visage
le visage
le ciel
la mer part et revient sur le sable comme l’amoureuse qui ne sait plus rien que les phrases qu’elle répète
dans son ventre
»
s’égarer
la folie est douce pour la jeune fille
l’herbe s’incruste dans l’épiderme estival
le matin se déverse sur les corps dans la plaine
quelques gouttes de sueur s’immiscent dans le trait délicat de la poitrine juvénile et haletante
exhale l’odeur d’une rue déserte ;
que les pas de l’attente qui martèle un clitoris
et elle rêve longtemps
pendant que les autres brûlent
que les autres mangent
que les autres se glorifient dans la déjection
que les autres pourrissent
s’égarer
tout est disparu
n’a tu pas senti cette odeur amère émaner des pores de l’enfant prodigue ?
n’a tu pas senti ses lèvres trembler comme l’orage dans la clairière ?
fermer les volets
pincer l’air entre les lèvres moribondes
refermer le pouce et l’index dans la chair à l’abri de la pluie
quelques chiens ont trempé leurs pattes dans le fleuve
quelques chiens ont laissé sur mon cœur des gouttes de bave
tes doigts dans mon sexe ;
fusil qui mord les dents
s’égarer
te garder sous le sein
dans un creux humide et collégien
briser la vitre qui sépare le monde et l’aube
se retourne la terre pendant que la foule se retourne à l’intérieur de nous
s’égarer
qu’il est beau l’enfant mort hier
enfumé par la forêt asséchée
des vestiges de ses rires dans la boue
je le regarde longuement se bercer dans la nuit
couvert d’un placenta pourri jusqu’aux larmes
je regarde le pli labial et déconcertant de quelqu’un qui aime
des accords de peau et de liqueurs sur des papilles endormies
une tige verte émergera directement de son foie
une tige grande et belle qui atteindra le bleu de tes larmes
l’enfant mort
la tige
tes larmes
s’égarer
le visage
le ciel
où êtes-vous?
s’égarer
jouir derrière la mort
tous ces frissons que l’alcool n’a su dompter
fièvre
et toute cette sueur qui a détrempé mes robes
utérus
et tes pieds qui le piétinent
s’égarer
dans la gorge incendiée du mâle fou
jusqu’à la fin de soi et des autres
que se déchirent les muscles
se dissolvent les os
qu’il ne reste plus rien que le noir à broyer
à mettre autour des yeux comme l’ont fait les pleureuses des siècles passés
pour chaque cil encore intact le désir d’en faire un ouragan pour un homme
ce charbon dans lequel je m’y suis baignée ;
que tu me baises dans toute cette turbulence qu’est ma peau
ce noir à broyer
ma peau
ce noir
la foule
s’égarer
et ce train qui passe à travers mes reins
qui est passé de l’anus à l’oesophage sans s’arrêter au coeur
à qui ai-je consenti?
je ne me souviens plus très bien l’haleine qui t’a précédé
mais sa main
mais son corps portait les aurores boréales
mais la géométrie variable et sauvage de nos danses œdipiennes ;
tout ce bruit pour rien
s’égarer
le visage de l’enfant si doux
si pur
si blanc
si pulpeux
s’égraine ma chevelure entre tes doigts
s’égarer
la lumière du cadran éclairait ton visage
il était trois heures sur tes joues
mes cuisses ceinturaient ton torse ;
je dominais le monde
et que t’ai-je dit pour que tu me maudisses?
ai-je raison de laver les paumes ensanglantées du Christ en feu?
qu’ai-je fait sinon que de mourir devant les autres
au lieu de me terrer dans mon asphyxie?
s’égarer
jusqu’à ce que le corps soit un meurtre dans une chambre
dans une ruelle
dans une ville
la douche ; cette odeur détersive d’abricot avant de te rejoindre
sur le flanc comme l’animal happé par la vie
comme le garçon pleure la virginité et ne comprend plus rien ;
le grain de ta voix n’était plus le même
ta voiture ;
défile ce champ si horizontal
ce champ si plat que j’ai cru le bout du monde dans tes yeux
le gaz et la flamme dans un cylindre
arroser la viande
la retourner pour faire place aux pointes de la nuit sournoise
ton envie
ma bouche
ta joue vaincue par le tonnerre blond
s’égarer
mais c’est qu’il faut partir
ne pas laisser de traces
de rouge
s’égarer
vomir la résille comme le ver à soie devant l’immobile millénaire triste
presser ses paumes sur l’homme ivre ;
que ce qui en sorte soit le suc fertilisant la honte
le millénaire triste
la résille
l’amour laisse dans l’ozone un cri pestilentiel
emprunte tous les rivages qui coulent jusqu’à mon sexe
le féconde jusqu’à demain
l’ozone
le cri pestilentiel
il y fait averse entre tes jambes
pourquoi te sourire encore alors qu’il sera trop tard pour moi?
pourquoi laisser des vignes me trouer pour me rappeler le fruit qui roule de la pendue bucolique?
ce qu’elle a laissé habille la nuit et fait valser la jouvence
le temps passe
est-ce que j’ai grandi?
je ne sais pas
mais je suis vieille
plus vieille que l’érosion ;
tu ne me reconnaîtrais plus
s’égarer
deux amants ont traversé le pont
s’aimer puis partir
partir pour ne plus s’aimer
deux amants
la lèvre fendue ;
il n’y a de la place nulle part
le pleure devient un rythme familier
parallèle ;
juxtaposition de nos ombres dans la cour où le mur rejoint le poing
ça recommence
le visage
le ciel
où es-tu?








Poésie – Treveur Petruzziello

27 Nov

Daniel Domig, family, aquarelle sur papier, 34 cm x 42cm, 2004jpg

Daniel Domig, Family, aquarelle sur papier, 34 cm x 42cm, 2004





j’ai quitté ton lit

ton sexe m’a raconté sa mort

comme un enfant chuchote une comptine

tes testicules souffrent d’allergies

même sous des mouchoirs à lotion

c’est jour de cercueil en terre

ton sexe dévasté par une comitialité de désir

j’ai quitté ton lit sur la pointe d’un rêve

en chute libre




Poésie – Aral Cyr

25 Nov
Maya Bloch, Sans titre, acrylique sur toile, 2010.

Maya Bloch, Sans titre, acrylique sur toile, 2010.


La chair de mon sang

 

Une mouche posée sur ma cuisse

se fait la manucure l’air désintéressé
j’aime l’ambivalence des corps à corps
les élans charnels avec férocité

Les rides de mon visage les fissures de mon corps
sont une mutation un développement topographique
une aire de divertissement pour les puces et les coquerelles

La chair de mon sang la résistance aux anticorps
le son des globules en collision le poids d’une vie en soluté
périr pour une gorgée le condensé d’une existence
quelque part assis sur un banc à siffler des bouteilles
sous un soleil dément les sens évaporés
insomniaque à me gargariser
sous l’œil vigilant du Tout-Puissant
sans compromis je sacrifie ma vie au chaos










Grosse semaine – 22 novembre 2013

22 Nov

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Tu apparais dans une vidéo de Rob Ford? GROSSE SEMAINE!





Le Star académie littéraire existe en Italie : Masterpiece demande aux écrivains en devenir de parler d’eux, d’écrire des textes sur un sujet imposé et de pitcher leur roman à une éditrice en 59 secondes dans un ascenseur.


Un petit retour sur Proust qui se couche de bonne heure en se bourrant de Madeleines ne fait pas de mal à l’occasion du 100e anniversaire de la publication de La Recherche.


Tes jokes te font rire tout seul, mais te font perdre des amis? Inspire-toi de l’humour de Beckett remis au goût du jour par Paul Auster.


Depuis que Dany Laferrirère te suit sur Twitter tu te prends pour un dandy de la culture des gens nices? C’pas grave, Tolstoy a fait pareil.


Tu te rappelles de rien? Lis plus de poésie : sa lecture sollicite les zones du cerveau associées à la mémoire.


Manqué la première soirée du OFF Festival de poésie de Trois-Rivières? Ben écoute-la direct dans ton ordi.

Grosse semaine








Poésie – Jonathan Lemire

20 Nov
Matthew Fisher, The End, acrylique sur lin, 2012.

Matthew Fisher, The End, acrylique sur lin, 2012.





j’ai emprunté mon nom à la lumière
pour voir plus loin que mon âge

en vain.

je suis aveuglé par la peur du
pas devant l’autre

autour de moi
les enfants de minuit
cachent les oracles sous leur langue

***



Quand je dis demain, c’est un ciel d’ecchymoses que je dessine sur mon visage. C’est ma parole qui se défenestre de plus haut que moi. Exsangue.

Ne prenez plus pour acquis que je sais vivre.

J’apprends chaque jour mon nom comme une peine.

***



je mets le feu à des maisons étrangères

pour rapprocher le ciel
de ce qui m’échappe

indicible existence

blanche disparition des corps
dans le ventre des heures
toujours mes mains

comme des chiens fous arpentent la nuit

***



Je dis os, astre. Poussière et pubis. Déjoue à ma façon le calme ravage des heures, quand la nuit aiguise ses couteaux sur mes yeux. Tu entends l’espoir des deuils faciles. Un secret à trahir quand je dis mon nom. Le tien.

Derrière chaque mot, je fais l’amour à des murs dans mon scaphandre d’ombres chinoises





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