Poésie – Bertrand Laverdure


Berline se stationne

On a envie de crier, de cailler nos bras, de sortir nos pancartes, Berline se stationne, lèche l’asphalte, embrasse les routes du Nord qui vont mener aux glaciers pour satisfaire les mines sales, l’uranium des princes, les minerais de la dépossession, ravir le Québec de demain et ses étudiants libres, Berline se stationne, laisse de côté la Classe, laisse de côté ceux qui ont pris la rue, qui l’ont renommée, les foudroyés de la hausse, les accaparés des médias convaincus, les vraies sérigraphies de la montagne rouge beurrées sur nos cœurs du Québec, Gabriel, on te veut à la table, Gabriel, nous sommes avec toi, avec la Classe, Julien Lavoie, Zéa et tous les autres, Gabriel, la ministre se cache derrière des pécadilles, des cônes oranges, son chauffeur magané qui ne sait plus où se trouve le sud, Montréal et les indignés, Berline, tes yeux-boussoles sont enlignés sur le mépris comme pôle magnétique, Berline, tu nous assènes la raideur mentale en réponse à notre ardeur manifeste, tu nous proposes un siège à menottes pour négocier, a-t-on déjà mis de côté 50% des manifestants et des grévistes d’une compagnie parce qu’ils parlaient trop fort, s’exprimaient avec passion et sortaient les apathiques de leur torpeur, Berline, tu me fais honte dans ton bureau protégé, tu regardes tes murs, tes vitres, mais tu n’as pas encore regardé le Québec, tu n’as rien vu, tu te stationnes avec l’arrogance des tehnocrates, la vigueur des mauvaises comédies, tes conseillés ne lisent pas le même livre, ne voient pas le même film, jouent à World of Warcraft quand nous essayons simplement de négocier, Berline, ta guerre microscopique, en ligne, ton loop de voix, ta robotique du dialogue, on n’en veut plus, on n’en veut pas, cède Berline, apprend à céder devant l’évidence, libères-toi des mains des lobbyistes, des mains du marché enfoncées dans ton corps de chiffon sourd, sur la table, tout doit être déposé, tout doit être transcrit, tout doit se rougir, n’écarte rien, ne t’écarte pas, tiens parole et ressemble à une femme plutôt qu’à un pion de jeu de dame, repenses à ta vie d’étudiante, ton bacc en psychologie, tu n’as pas tout perdu de ces années où tu apprenais à pratiquer l’empathie, à te gorger de théorie sur l’entente sociale, l’inconscient collectif et l’agressivité normale qui naît du mépris, de l’incompréhension et de l’oppression, Berline, tu te stationnes sans penser, avec des idées banales de Sun Tzu, des lubies imbéciles de ton chef qui n’a qu’un livre de chevet comme mantra économique, tu te fais antagoniste mais le Québec est uni, le Québec et la Classe sont unis et derrière le huis clos de tout débordement de nuit des longs couteaux, de répétition des souvenirs désagrégés de notre histoire de mise de côté, tu n’emporteras pas le combat en nous humiliant, arrête de tuer la une, les moyens de pression ne s’arrêteront pas, jusque dans tes rêves la ville va continuer de hurler, la ville et la rue resteront cette vive opposition, ces banquettes démocratiques en réponse à tes saccages idéologiques, tes graffitis de silence et tes barbeaux de négociations, corrige ta copie, remets-toi au boulot, acceptes tes erreurs, Berline, retravaille tes paragraphes, réemplois des mots sentis, des mots d’entente cordiale, des mots qui viennent de tes oreilles qui ont vraisemblablement entendu la voix de tout un peuple, la voix complète des étudiants, la Classe entière, toutes les classes sociales confondues, Berline, nous aimons ta fausse confiance qui cache ton désarroi, nous comprenons tes stratèges de basse-cours qui colmatent ta façade en réparant tes reins défectueux et ton cœur malade, mais reviens-nous en santé, la tête dans le bon nœud, la tête haute avec un avis de rencontre globale, prépares une autre chaise, sinon nous préparerons d’autres tables, d’autres chaises, dans la rue, dans les places, dans les parcs, partout où tes yeux verront le courage des étudiants, leur seule parole transmise par l’action, on va te faire comprendre que tes menaces d’injonction, tes matraques de retour aux études ne seront jamais aussi puissants que nos cœurs en santé et nos corps de barricades !!

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