Lettre adressée à Richard Martineau



Monsieur Martineau,


Depuis le début de cette crise, j’ai eu envie au moins dix fois de vous écrire une longue lettre explicative, ou une lettre d’amour-haine (c’est ma façon de communiquer avec les gens méprisants en restant un minimum respectueuse, oui, c’est du sarcasme, mais c’est moins pire que du mépris crasse, et parfois ça ouvre sur des discussions intéressantes, et c’est même un peu drôle). J’ai eu envie, mais l’amour ne vient pas avec vous. «Désolé, c’est pas moi c’est toi.»

J’ai eu envie de vous écrire que vous étiez dans le champ quand vous avez cité Platon. Avez-vous vraiment lu La république monsieur? Je vous le conseille fortement.

J’ai eu envie de vous écrire, j’ai même commencé pour vous une belle analyse de texte, quand vous avez cité (ou plutôt massacré) Shakespeare. Avez-vous lu Hamlet, monsieur? Je vous le conseille aussi.

Aujourd’hui, je vous écris un peu, parce que là, franchement, j’en ai plus que marre.

En plus de nous infantiliser depuis le début, vous prenez les lecteurs du Journal de Montréal pour de graves colons en écrivant votre chronique d’aujourd’hui sur le modèle de l’explication de la crise à votre enfant. Si nous ne sommes pas des enfants, vos lecteurs ne le sont pas non plus. Vous n’êtes pas le seul adulte au Québec, monsieur Martineau, il serait temps que vous le sachiez.

C’est encore une fois d’une malhonnêteté intellectuelle renversante et empreinte du plus vil des mépris. Vous méprisez vos lecteurs, monsieur Martineau, j’espère que vous en êtes conscient.

Vous méprisez tout le monde j’ai l’impression, et je crois que vous devriez savoir quelque chose à propos du mépris. La joke, elle se retrouve toujours à être à propos de vous au final.

Je ne prends aucun plaisir à mépriser les gens, monsieur Martineau. J’essaie d’ailleurs d’éviter à tout prix de le faire. Parfois c’est difficile devant la bêtise humaine, mais je suis pas mal pleine d’amour, que voulez-vous. Même vous je pourrais arriver à vous aimer un peu si vous sortiez un minimum de votre hystérie. Je déteste profondément le mépris, mais quand il me gagne, j’essaie de ne pas passer par cinquante chemins sinueux et malhonnêtes pour l’insinuer. Je préfèrerais largement ne pas vous mépriser, je préfèrerais vous écrire une lettre d’amour, que ça finisse en discussion, qu’on échange sur la grève, qu’on aille boire une sangria, la belle vie, qu’on jase, qu’on établisse un dialogue intelligent dans le respect des opinions de l’autre. On ne devrait jamais mépriser personne sur la base d’une différence d’allégeance politique. Mais vous êtes aussi bouché que Jean Charest ( vous savez, cet illustre personnage qui est en train de passer à l’histoire, pendant que vous chiez sur la jeunesse).

Donc je vous le dis, je vous méprise malgré moi, et ce n’est pas à cause de vos opinions (à la base). Je méprise la fermeture d’esprit avec laquelle vous traitez le débat, je méprise l’air supérieur que vous vous donnez, avec votre rhétorique à deux cents qui ne finit toujours pas d’insinuer qu’on est aux enfers. (C’est parce qu’on essaie d’avoir encore un peu d’espoir en l’humanité monsieur, si vous n’en avez plus c’est peut-être que vous devriez prendre des vacances, vous faire des amis intéressants ou encore travailler pour un patron honnête).

Je méprise la tribune sur laquelle vous profitez quotidiennement du manque d’éducation et d’information des gens pour servir vos sophismes (non, votre femme n’a rien à voir là-dedans, et vous n’êtes pas obligés d’en commettre) à nous faire dégueuler de rage et de honte pour ces gens qui vous croient, béats d’obéissance à l’implacable logique du c’est-vrai-si-c’est-dans-le-journal. Je méprise même votre créativité extraordinaire (faut bien un point positif), parce que, sans blague, je crois que je ne pourrais jamais avoir la force d’inventer des arguments aussi fallacieux que vous. À chaque jour en plus! Chapeau!

Vous n’êtes pas un journaliste, j’imagine que vous le savez. Vous êtes un opinioneux, c’est bien correct comme ça. Il en faut un peu. Par contre, votre opinion est désuète. Votre opinion est à des milliers de kilomètres des enjeux réels qui sous-tendent le débat. Votre opinion, que vous faites passer de force, comme à l’entonnoir, dans la gorge des citoyens pognés dans l’inceste de Québécor, qui vous lisent parce que vous parlez «vrai», que vous faites pas des phrases de péteux comme les péteux du Devoir, qu’ils peuvent même pas se payer de toute façon. Bravo, ça, c’est édifiant, monsieur Martineau. Contribuer à la bêtise d’un peuple qui a pourtant bel et bien toutes les capacités nécessaires pour formuler un argumentaire qui ne passerait pas par ce satané mépris que vous leur inculquez malhonnêtement. Ce n’est pas à la hauteur de votre intelligence, parce que je sais que vous en avez une, je vous ai déjà lu avant figurez-vous.

Vous n’êtes pas un journaliste et vous le savez, vous êtes un outil grotesque de propagande haineuse, de régime de la peur, vous êtes un terroriste des colonnes éditoriales avec vos gros mots que tout le monde peut comprendre sans pourtant vraiment le faire. Avec vos menaces contre cette sacro-sainte paix sociale que vous essayez de vendre au prix des droits et libertés des citoyens. Vous êtes infâme.

Savez-vous qu’en alimentant ce mépris stérile, vous contribuez au chaos. Oui, au CHAOS. Savez-vous que si vous trouviez des bons arguments, on aurait au moins un semblant de dialogue. On pourrait au moins espérer une sortie de crise. Mais non, vous vous employez patiemment à polariser le débat. Savez-vous les conséquences que ça a, vous qui avez tellement peur des extrémistes? Les extrémistes, ils sont pas juste dans les autres cultures figurez vous. Par ailleurs, les autres, ils sont comme nous, ils cherchent juste le meilleur moyen de vivre, monsieur Martineau, ça serait le fun que vous arrêtiez de les mépriser parce qu’ils sont différents, ça vous donne l’air imbécile d’avoir peur d’eux parce que vous ne vous donnez pas la peine de les écouter.

Savez-vous qu’on attend juste ça, ne pas se heurter à un mur d’indifférence, de mépris, de grosses bottes de pseudo-papa qu’on pourrait même pas voir de pied en cap tellement la folie des grandeurs a fait gonfler sa tête d’imbu de pouvoir? Savez-vous que si le débat continue de se polariser, on va finir par la faire pour de vrai la révolution dont vous avez tellement peur? On n’aura pas le choix. Y’a pas personne qui va prendre soin du Québec à notre place.

Je suis une adulte, monsieur Martineau. Ça fait des années que j’ai atteint la majorité, je vous signale. Je ne prétends pas être une sage, avoir atteint une maturité que seule l’expérience pourrait m’apporter, mais je reste une citoyenne, et j’exige de votre part d’être traitée comme tel. Fini de jouer au père avec la jeunesse. T’es pas mon père Richard. Je suis une citoyenne. Je vote aux élections, je fais mon devoir de citoyenne, j’informe surtout, je me préoccupe de mes proches, de ma planète, de mon enfant, de mes amis, j’aimerais ça bien m’occuper de mon pays aussi. J’aimerais ça prendre soin des droits et libertés de mes semblables, pour l’avenir de mon enfant, mais plus généralement pour le bien de la société, du genre humain. J’ai le droit de le faire sans inciter le mépris de basse-cour dont vous faites preuve en nous faisant passer pour des bébés gâtés. J’ai sacrifié beaucoup depuis le début de cette crise monsieur. Mes camarades aussi. Vous devez absolument cesser de nous traiter comme des enfants, vous ne pouvez pas être le père du Québec, on ne vous veut pas comme père de toute façon, et savez-vous que bientôt, on changera vos couches, on payera pour votre santé. Arrêtez de nous niaiser, ça devient franchement ridicule.

Tout ça pour dire que je porte le carré rouge, et que j’ai bien l’intention de continuer à le porter, qu’il ne symbolise en rien une incitation à la violence. Je ne suis pas prise en otage, personne ne prend personne en otage. J’ai choisi moi-même de lutter contre ce gouvernement corrompu et je ne peux pas croire que vous soyez en train de le défendre, après tout ça, en marginalisant un mouvement d’une ampleur historique au Québec.

Je suis une adulte et je n’ai pas besoin de votre mépris, personne n’a besoin de votre mépris. Personne ne m’a forcée à réfléchir sur cette hausse, personne ne m’a forcée à m’informer, à lire, à souhaiter, à espérer un monde qui puisse être le plus possible égalitaire. J’ai décidé ça toute seule, comme une grande, c’est même pas un méchant monsieur de la FTQ, encore moins Gabriel Nadeau-Dubois qui m’en a convaincu. Il se trouve que je sais lire par moi-même monsieur Martineau. J’ai appris ça à l’école. Il se trouve que c’est ce vilain Gabriel Nadeau-Dubois qui porte ma parole, qui vous explique les positions que j’ai votées avec mes camarades. Personne ne nous force. On a des cerveaux, monsieur. Ne vous en déplaise. Arrêtez vos théories du complot, ça devient franchement ridicule.

Tout ça pour dire que j’aimerais ça arrêter de vous mépriser. Je pourrais arrêter de vous lire, mais crisse vous êtes partout. J’aimerais ça arrêter de sacrer quand je vous lis, c’est pas beau les gros mots. Aussi j’aimerais ça que vous arrêtiez d’écrire des gros mots si vous êtes tanné de la vie, parce que si ça se trouve nous on la commence.


Laurie Bédard.

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