Fabrice Masson-Goulet – Avant-propos



Pourquoi une série sur la balle dans un site consacré à la diffusion de poésie, mis à part le fait que Poème sale ait œuvré au sein de La ligue du Ruppert Mundys revival depuis son inauguration? Pour y répondre, faudra peut-être, comme tout mustélidé qui se respecte, s’introduire dans le texte d’un autre, un peu comme la martre qui subtilise et ingère les petits des autres pour en assurer sa postérité. On ne se badera donc pas de voler le postulat d’un de nos farouches adversaires pour avancer une première justification. Pourquoi une série sur la balle? Parce qu’elle est d’abord « histoire ».


La balle est indissolublement liée à l’acte d’écriture. Comme l’avance Michel Nareau (ICI), collaborateur et LFCD, ses bases reposent sur une constitution, sur un ensemble de règles écrites qui en déterminent l’organisation — que la balle, pour le reprendre citant Giamatti, « est une narration, […] au même titre que les autres – comme un travail de l’imagination dont les structures et les schémas de répétition créent un récit, à la signification réitérée, rafraîchie, toujours imprévue ». Au demeurant, la balle fait parler de balle, pousse à inventer des histoires de balle, possède sa biographie et même sa propre historiographie.


C’est néanmoins son rapport à la « rupture » qui nous touche le plus et qui justifie finalement sa présence dans nos pages. Parce qu’à l’instar de la poésie, la balle procède d’une action de rupture par l’écriture. Elle n’est ni cricket, ni rounders. Elle est une forme sportive originale qui n’a pas hésité de rompre avec les modèles en place en proposant ses propres règlements, son propre récit : mouvement émancipateur par lequel s’amorce toute entreprise poétique, selon nous. Puisque, comme l’affirmait Saint-John Perse, « le poète est celui-là qui rompt pour nous l’accoutumance » — la poésie comme rupture non pas avec l’ancien pour l’ancien, mais plutôt avec une forme d’expression conventionnelle, stérile et monotone — poésie enfin qui redonne son dynamisme à la langue par à-coups, par poussées, par ruptures et éclatements.


Ainsi, dans les deux semaines à venir, vous aurez le privilège de lire les textes de treize membres de La ligue du Ruppert Mundys revival. Comme vous le savez, nous proposons à Poème sale un lieu propice à l’expérimentation. Pourquoi donc imposer un canevas : pas de formes – pas de limites.


Le résultat : une série de textes tous plus dissemblables les uns que les autres. Si Samuel Archibald glose sur le potentiel infini des diverses phases du jeu de balle, Leroy K. May jette sur la page les faits saillants du match final de la saison 2012. William S. Messier et Daniel Grenier, de leur côté, rendent compte d’une expérience du jeu qui allie humour et intimisme. D’autres, comme Gabriel Gaudette, Michel Nareau et Jean-Michel Berthiaume, versent dans le poétique. Vous aurez droit à de savoureux haïkus, des vers libres sur les paradoxe du jeu, en plus d’un long, immense et raisonné hymne à la balle. Complètent l’alignement de départ, les textes de Laurence Gough, Marc-André Huot, Samuel Mercier, Mathieu Poulin, Jason Savard et Marc-André Towner que nous vous laisserons le soin de découvrir au fil de la série.



Play ball!


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