E – Jean-François Thériault

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Poème sale a demandé à 52 auteurs d’écrire sous l’influence du bavardage. Lisez leurs textes du 1er au 28 février 2013. Retrouvez les textes publiés antérieurement dans notre Table des matières



Eh ben!


J’ouvre l’ordinateur.

Je lis : « Brigitte Bardot menace de devenir russe pour sauver des éléphantes.»

Eh ben!

Tu le sais, on en a déjà parlé, j’ai besoin de ma dose quotidienne de «Eh ben!». C’est simple, il me faut, depuis quelque temps et quelques fois par jour, un moment pour m’en sacrer. Le concept du «Eh ben!» est simple; tu le connais, c’est sûr. Tu les vois passer, tous les petits «Eh ben!» qui meublent ta journée, qui se cachent des les recoins de ton temps, celui que tu as à perdre. Tu les vois qui clignotent mais qui ne mettent pas leur flasher. Tu les vois qui s’installent pas trop loin, qui attendent leur tour pour passer dans le petit rien que tu leur as préparé. J’ai dit : tu les vois. J’ai pas dit : tu les comprends, tu les analyses, tu les prends et les mets dans ta petite poche. Surtout pas. Essaie pas de scrapper mes «Eh ben!». Que je te voie.

Je réalise que celui qui joue le premier bad guy dans la série 24 est Denis Hopper, qui a aussi réalisé Easy Rider en 1969. IMDB me dit aussi qu’il a joué dans Apocalypse Now. Eh ben!.

Si tu veux scrapper mes «Eh ben!», tu les fais suivre d’un oui, mais […]. Comme avec l’Affaire Depardieu. Le gars pisse dans un avion. Eh ben! Le gars décide que Vlad Poutine c’est son plus grand chum ever. Eh ben! Le gars se fait offrir un poste de ministre au Mordor. Eh ben! « Oui, mais [blablabla] impôts [nanana] subventions [beurkbeurkbeurk] éthique. »

Esti.

Je me dis aussi qu’il y a des «Eh ben!» plus gros que d’autres. Comme le truc de l’aigle sur le Mont-Royal. C’est passé du plus gros what-the-fuck du mois au plus long «Eh ben!» de la semaine.

«Eh ben!», c’est l’interjection parfaite. Ça souligne à gros trait le point, le final «là», celui qui dit que c’est fini, niet, plus rien. Ça le placarde, pour renvoyer dans les jupes de sa mère n’importe quel début de dialogue ou de réflexion.

(Arrête. Tu ne me feras pas sentir mal certain. C’est moi qui écris, c’est moi qui décide.)

Je clique plein de fois sur le petit chapeau « Découvrir » sur Antidote pour trouver un bon exemple. J’arrive sur le mot distomatose, « maladie parasitaire provoquée par les distomes ou les douves.» J’ai aucune idée de c’est quoi, des distomes et des douves, mais ça n’a pas l’air miam. Eh ben!

C’est pas comme si tu ne le connaissais pas anyway. Tu penses que ça sert à quoi, le petit icone «feeling lucky» de Google ? Un générateur-en-puissance-vitesse-grand-V-dix-milles-résultats-en-point-trente-deux-secondes de «Eh ben!». Une caltâre de grosse tablette si tu décides de t’accoter. Et de te laisser prendre la poussière.

Y’a des dudes qui en veulent à Subway parce que leurs sandwichs feraient pas exactement douze pouces. Eh ben!

C’est juste que ça parle fort, des fois, le monde.

 

Jean-François Thériault est né d’un père et d’une mère, comme c’était à la mode dans les années 90’. Il n’a rien publié. Il aurait quand même aimé être John Denver (pas pour le crash d’avion, juste pour chanter une chanson de Noël avec les Muppets.)





 

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