I – Bertrand Gervais

LogicBoard8

Poème sale a demandé à 52 auteurs d’écrire sous l’influence du bavardage. Lisez leurs textes du 1er au 28 février 2013. Retrouvez les textes publiés antérieurement dans notre Table des matières



Indices


Mais que voit-on quand on ne voit rien? Et de même,
pour reprendre une question de Jean Paulhan: que pense-t-on,
quand on ne pense à rien?

Clément Rosset, L’invisible, Paris, Minuit, 2012.





J’ai attendu que la fin du monde soit passée avant d’écrire mon entrée. C’est pas que j’y croyais ou quelque chose du genre, mais on n’est jamais assez prudent. Ça retweetait pas mal fort sur la question. Je me disais, avec l’année que j’ai connue, que tout était possible. Alors pourquoi pas les Mayas… C’est pas comme s’ils avaient inventé la roue ou quelque chose du genre, mais ils savaient faire des calendriers. Pis ils étaient là avant nous. En Amérique. Sur ce foutu continent. Ils l’avaient domestiqué avant nous. À leur façon, qui vaut bien la nôtre si on regarde le saccage qu’on est en train de commettre.


La fin du monde. Depuis sa création, Internet s’est avéré le lieu par excellence de toutes les dérives. Avant le passage à l’an deux mille, les sectes diffusaient un nombre incalculable de pages sur l’Apocalypse, l’Armageddon, l’ascension des justes, Gog et Magog, l’Absinthe et d’autres bêtises du même genre. Le cyberespace était la nouvelle frontière, aucune loi ne venait restreindre les délires, on pouvait y trouver n’importe quoi. Du sexe à profusion, mais aussi des sites racistes, conspirationnistes, survivalistes et apocalyptiques. Le voyage astral, l’empreinte de Satan, l’ire de Dieu. La désinformation y était plus convaincante encore que l’information. Le bruit de fond était stupéfiant.


Le web 2.0 n’a rien fait pour atténuer le bavardage. Et la fin du monde est un puissant Meme. L’idée se répand, chacun y va de ses indices, on joue le jeu, petites frayeurs en prime. C’est pas grave si c’est pas vrai, c’est la répétition qui compte. Être dans le flot, mettre l’épaule à la roue. Et patati et patata. Et j’ai beau résister, je participe malgré tout au mouvement. Il faut dire que j’ai toujours aimé les Mayas. Ils savaient ériger des pyramides en pleine jungle. Thulum, Palenque, Chichén Itzá. En haut d’un temple, à la belle étoile, on a vraiment l’impression de participer à l’ordre cosmique. Alors, j’ai attendu que la fin soit passée avant de me remettre à écrire.




Bertrand Gervais enseigne la littérature à l’UQAM. Il écrit aussi des romans et des essais. Il signe des textes sous le pseudonyme d’Éric Lint.







Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s