L – Raymond Bock

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Poème sale a demandé à 52 auteurs d’écrire sous l’influence du bavardage. Lisez leurs textes du 1er au 28 février 2013. Retrouvez les textes publiés antérieurement dans notre Table des matières



Louvoiement


Je ne comprends pas comment écrire pourrait être compris comme autre chose que vivre, que faufiler son pronom réfléchi parmi les erreurs et repasser dedans, reconduire, défaire encore, toujours par là, dans le sens des mots, donc par là, j’ai dit, vivre. Qui dit qu’on fuit dans l’écriture [un gentil violon d’Ingres qu’on ne zigonnerait que pour se soustraire à la réalité] doit être vraiment habile de ses mains : quel degré d’analphabétisme faut-il aimer cultiver : une strate juste à soi, une craque sur mesure avec son numéro d’étampé dessus : qu’il y crève, je lui souhaite beaucoup de succès dans son espace-temps, oui, meurs donc agueusique, summum du progrès [le déclin est commencé : des soirs, l’histoire n’est pas une boucle, c’est une montagne et on est sur le versant plate] :


un gars de la ruelle Bourbonnière

qui s’exfolie dans les ronces

reviendra à la poésie

par le ravage pleumé

sur la Frost blanche du voisin qui a rasé sa haie de thuya l’an passé à la fête-Dieu faisait pas pire beau :


Je ne comprends pas comment écrire pourrait être compris comme autre chose qu’une hésitation perpétuelle autour d’une poignée de points qu’on ne touchera jamais. Mais ça n’a plus d’importance, aujourd’hui que l’agression a remis ses atours 50% polyester le hockey peut recommencer nous sommes prêts, regardez ce que j’ai mangé ce midi : des lignes et des lignes [imprimées] descendues au thé tiède. Encore faut-il savoir doser le piment d’Espelette car ces jours-ci, je songe à écrire un texte racontant l’histoire d’un homme qui n’arrive plus à écrire, s’étant fait trancher la main [peut-être par un char, mais ce n’est pas sûr]. Sa forte. Pourtant il se masturbe encore très bien de l’autre : ça se fait très bien à l’écran :


quand

ton

café

se

met

à

couler le matin

tu penses aux dents volées sous les oreillers par la fée qui pète des yeules :


Je ne comprends pas comment ma vie a changé avec l’arrivée de Hotmail. Je sais qu’elle l’a été, changée, je sais que le changement est survenu comme un oncle survient : ouvre la porte après avoir cogné deux coups [seulement] et sans attendre qu’on vienne lui répondre le dimanche après-midi. Mon chat [abyssin] est toujours dans mon chemin et sur mes feuilles, là il se frotte la face et pue de l’haleine dans ma barbe, il me cache la moitié j’écris rien que d’un œil : j’ai correspondu longtemps, mettons quelques mois, avec une amie partie au Chili quand on avait le secondaire au derrière, puis j’avais tout fait imprimer mes courriels en prévision qu’Internet saute. Je les ai jetés dernièrement : j’ai essayé de les relire : ma vie n’avait pas vraiment changé :


avant tu pensais que

tu vivais donc parce

avant t’avais le flot

ça déboulait

toute

secoue tes dictionnaires

pour qu’en tombent

tes vieux deux raides

et secs comme une reine

 



Raymond Bock, la trentaine molle et un peu ivre, ne joue pas à la balle en raison d’une épaule slaque. Il est l’auteur d’un livre et d’une couple d’articles, et maudit qu’il roche à écrire des petites biographies punchées.






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