O – Maxime Raymond

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Poème sale a demandé à 52 auteurs d’écrire sous l’influence du bavardage. Lisez leurs textes du 1er au 28 février 2013. Retrouvez les textes publiés antérieurement dans notre Table des matières



OCTET (01001111)



Wikipédia nous dit que « le bit est un chiffre binaire, c’est-à-dire 0 ou 1. Il est donc aussi une unité de mesure en informatique, celle désignant la quantité élémentaire d’information représentée par un chiffre du système binaire. On en doit l’invention à John Tukey et la popularisation à Claude Shannon. »


Si on veut être plus finfinaud que Wiki, on peut ajouter que, dans un ordinateur, au-delà de cette agglomération époustouflante de switchs on/off, ce flashe tes lumières cosmiques, cet être ou ne pas être de nos vies futuristes, le bit est une unité trop simple pour permettre les opérations mathématiques à la base de toute programmation. C’est donc l’octet, une suite de 8 bits, qui sera nommé comme l’unité de base de la mémoire informatique.


L’octet nous intéresse ici parce que, grâce à ses 256 possibilités (de 00000000 à 11111111), il est possible d’associer une valeur précise à l’unité de base du langage écrit, soit la lettre. Comme une version high-tech du code morse, le langage se déploie selon l’interruption (ou non) d’un influx électrique.


À partir de cette idée qu’à la base, une lettre équivaut à un octet, il est possible de mesurer la place que prend un texte présenté de manière électronique, comme le démontre l’exemple imagé qui suit :


Si l’on observe une chanson populaire de 3 minutes 30 en format mp3 encodé à 320 Kb/s, on remarque que l’espace qu’elle occupe, du haut de ses 67 millions d’octets, est assez important pour contenir toute la Comédie humaine ainsi qu’une collection enviable de .gif et de LOLcats#.


On peut imaginer une époque où le contenu textuel qui transigeait sur les réseaux avait, simplement par l’espace qu’il prenait, une certaine valeur, une importance hiérarchique dans la mémoire des premiers ordinateurs (le premier disque dur vendu par Apple pouvait stocker 20 Mo). Aujourd’hui, il est possible de contenir plus de 1500 fois les 75 millions de mots de l’encyclopédie Britannica sur un disque dur portatif.


Le texte ne peut même pas profiter des avantages de l’image et du son qui, dans ce combat de « mon stockage digital est plus gros que le tien », voient leur qualité s’améliorer grâce à l’espace supplémentaire. Le texte ne sera jamais HD, remastérisé, processé en trois dimensions. L’espace physique qu’il occupe dans nos vies se dirige tellement vers le négligeable qu’il est possible d’envisager un futur proche où on aura la totalité de la littérature mondiale zippée dans notre Dropbox.


Dans ce contexte où les possibilités de stockage et d’échanges frôlent l’infini et où la production dépasse de loin le nombre de lecteurs capables de l’absorber, est-il possible de penser que le médium textuel en voie de dématérialisation (et de démocratisation) complète perd une part de sa valeur symbolique? Est-ce à cause de cette nouvelle trivialité d’usage que l’on se permet d’écrire une masse impressionnante d’insipidités sur les Internets?


Autrement dit, le texte valait-il plus quand il était lourd?






Maxime Raymond est directeur littéraire aux Éditions de Ta Mère. Le jour, il travaille dans une usine de jouets.







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