R – Marie-Christine Lemieux-Couture

medium
Poème sale a demandé à 52 auteurs d’écrire sous l’influence du bavardage. Lisez leurs textes du 1er au 28 février 2013. Retrouvez les textes publiés antérieurement dans notre Table des matières



RHÉTORIQUE


On ne peut écrire sans rhétorique; c’est-à-dire justement sans connaître ces règles froides, et ces ruses calculées, et ces machinations subtiles, et ces procédés savoureux, qui font bien que la page écrite a cette mystérieuse compacité, ce quelque chose de glacial et d’inattaquable à la fois, ce mélange déconcertant d’inconsistance et d’exactitude qu’est la littérature.

Giorgio Manganelli, Le bruit subtil de la prose



Graciée d’une envie irrépressible de défenestrer des chatons après un délit d’argumentation sur un média social dont je tairai le nom, penser à grands coups de front sur le clavier — Ianik me demande qu’est-ce qui me plairait? Lui répondre : Un prétexte ‘pataphysique pour fuir la vraisemblance —, pendant que j’ai le cerveau qui se prend pour un hamster sur le speed, mais comment, comment garder mes doigts rivés à l’image d’une page sur écran ? Lire un article de Marc-André, le partager, vingt-neuf likes plus loin et cinquante-deux commentaires plus tard, j’en étais où? Oui, la rhétorique, donc. Rhétorique 2.0, dirais-je, tissée dans un éthos à même la toile du web où se pointe, malencontreusement peut-être, la figure de l’écrivain. Je parle féminin, inscrite dans la radicalité de ma parole, une pointe d’ironie entre les dents, pour déjouer les statu quo du politique dans une écriture de la résistance où le logos se tourne — « Let’s fuck! » Ah! Câlisse! — dans la violence du style. Alors que je me photoshope un sourire au passage, sachant que le « vous » ne peut que m’aimer ou me haïr, sans entre-deux, parce que je joue, les mains dedans jusqu’aux coudes, dans le pathos à lui arracher les nerfs, pris au dépourvu, dans une litote où se feint l’indifférence. Quand Simon me donne un conseil, ça me rappelle que j’aurais aimé avoir un père. Mais si je peux parler en public, tout en respirant encore, c’est que je ne l’ai jamais fait que derrière une image. Julien a changé de photo de profil. (Je l’aime bien, Julien. Pour ça, son existence m’énerve. Non, je n’écrirai jamais de roman d’amour.) Bloguer, #FF Merci @EdHardcore & @StéphaneLarue pour m’avoir tordu un bras (ou deux), m’a rappelé ma passion pour la rhétorique, les joies d’un discours réglé au quart de tour où la cruauté côtoie la liberté et l’humour. Et les réseaux sociaux se sont imposés comme l’art jubilatoire d’une fabrique du quotidien. [Intermède/téléphone/Yohann/fou rire] Dans le délabrement des décombres du roman, état de chaos post publication, quand j’ai peur de ne plus savoir écrire, un bref coup d’œil au virtuel me permet de constater combien je reste toujours emmêlée dans les fils de la fiction, que j’en connais les revirements et l’exactitude du mensonge. You’ve been […] La posture de l’écrivain peut-elle encore se penser en dehors de la cacophonie technologique comme l’ouverture d’une multitude d’espaces fictionnels?




Marie-Christine Lemieux-Couture est née à Lévis, mais a grandi quelque part entre Montréal et l’Himachal Pradesh. Maître ès Arts, spécialiste en matière des choses qui n’existent pas encore, auteure d’un roman de plage pour intellectuels classé E pour tous aux éditions de Ta Mère, elle est aussi blogueuse à Voir.ca, libraire, conseillère en communications, imagologue, ghostwriter, éventuellement doctorante en sémiologie, maman, militante anticapitaliste et manifestement éparpillée.







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