T – Roxane Desjardins

Printed-Circuit1
Poème sale a demandé à 52 auteurs d’écrire sous l’influence du bavardage. Lisez leurs textes du 1er au 28 février 2013. Retrouvez les textes publiés antérieurement dans notre Table des matières



TA GUEULE



j’ai mal à la tête
je tourne en rond autour d’internet
j’ai juré de ne jamais écrire « Facebook » dans un poème
j’ai encore plus mal au cœur.


j’essaye, là.
les internet           c’est un bourbier : ça pue puis tu te pognes les pieds dedans puis après tu n’es plus capable d’en sortir.


tu lis, tu lis, t’as les doigts tendus sur la souris, puis tu vas lire le site web au complet parce que tu aimes ça la poésie (tu la cherches partout
même quand tu te réveilles la nuit
même dans la face de la caissière
même dans les œuvres complètes de Saint-Denys Garneau mais aussi ailleurs
à l’armée du salut
sur le menu de la cantine d’en face ou dans le fond de ton bain après que l’eau est toute partie)


tu aimes tellement la poésie que tu écris un poème. même plusieurs petits poèmes.
tu les regardes longtemps et un moment donné tu es tannée d’être toute seule à les regarder.
tu veux les crisser au boutte de tes bras
tu veux les envoyer dans la stratosphère.
tu sais ce qui te reste à faire (une rime facile?).


sauf que


sauf que pour oser l’envoyer (se faire voir), tu enlèves des incohérences syntaxiques qui te faisaient plaisir, et tu ajoutes des odeurs de poubelle de ton âme de femme; tu vas faire sentir au lecteur que ça t’importe qu’il comprenne un peu de quoi tu parles (puis vite!);
tes poèmes publiés sont toujours un peu trop propres puis un peu trop pop, puis ça te fait chier.


tu as envie d’écrire une note au lecteur :


« cher lecteur : mes poèmes préférés c’est ceux sur lesquels tu te casses les dents, ceux que tu vas lire trop vite pour les lire pour de bon; ceux-là, parce que dans l’intimité de mon litte je peux lire lentement et écrire lentement comme ça me tente, ceux-là sont dans un fichier loin dans mon ordinateur et je les lis de temps en temps, fort, à mes murs silencieux, puis le jour où tu auras le goût, lecteur, de rentrer ta tête creux dans la mienne, tu viendras me voir, je te les refilerai puis on braillera devant une infusion de scutellaire : la poésie va peut-être venir nous montrer son nombril. »




Roxane Desjardins étudie la littérature et un peu la linguistique, ce qui ne l’empêche pas d’écrire des poèmes inintelligibles.





Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s