Poésie – Mathieu Simoneau

Geneviève Gosselin-G, Mêlée, Photo numérique, 2012 1-Mêlée
Geneviève Gosselin-G, Mêlée, Photo numérique, 2012.


Le cœur n’y est plus





docteur j’ai la nuit comme une érosion sans fin dans les jambes combien de temps encore avant que la bouilloire s’étouffe les drains de la cave sont pleins de nos neiges les plus sales


le printemps coule dans les avalanches de tôle c’est une heure à notre portée comme les autres et pourtant c’est là que ça s’arrête de battre


quoi d’autre sinon la plaine attablée aux grandeurs du silence et la ville enroulée dans la pudeur de ses ombres quoi d’autre je n’ai plus que des miettes à lancer aux oiseaux


c’est l’heure et pourtant rien n’est plus aussi vrai qu’avant les filles ont des saisons mortes entre les cuisses nous n’avançons plus qu’à coup d’aviron d’eau douce envoyons de l’avant rien ne va plus les œufs sont frais mais le cœur n’y est plus


quoi d’autre encore je n’ai pas grand-chose de nouveau à part une naissance qui s’étire nos mères ont les seins plus élastiques qu’on pourrait le croire et nous rongeons le frein de leurs tétines à nos risques et périls quoi d’autre                     parlez-moi de vous j’ai des gouffres au fond des oreilles vos secrets n’iront pas loin soyez tranquilles dites-moi ce qui vous chante et soyez juste il faut tenir la note et ne payer l’addition qu’en dernier jugement personne ne l’emporte au paradis je vous en passe un papier que vous roulerez longtemps dans vos méninges avant de fumer les saumons qui vous remontent le moral après la crue des eaux ne soyez pas gênés tirez vos propres conclusions avant qu’elles ne filent entre les branchages visez juste on n’est jamais trop prudents un malheur est si vite arrivé à échéance il faut lire les petits caractères ne pas se laisser manger la laine sur le dos et bien dégraisser l’offrande avant de l’enfourner parlez parlez soyez bien aise il me tarde de vous entendre et ma patience a des limites que ma raison ne connaît pas étendez-vous sur le sujet s’il le faut aussi inconfortable soit-il mettez-vous sur le côté cela ne vous fera pas de mal d’ouvrir vos voies les plus impénétrables que le fiel s’écoule de vos plaies on n’attire plus les mouches avec du vinaigre depuis l’invention de la moutarde qui nous pend au bout du nez saignez tendrement en prenant bien soin d’humecter le rebord avant de tout mettre à la poste parlez je vous écoute mais soyez bref faites ça court je vous en prie je n’ai pas toute la soirée depuis longtemps je me couche de bonne heure le temps dormi n’est jamais aussi perdu qu’on le croirait




Un autre texte de Mathieu Simoneau ICI







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