Poésie – Maxime Boucher

Edin Zenun, Ohne titel, Huile sur toile, 140 x 125 cm, 2012







AFICIONADOS

un décor en carton-pâte, des spots et une machine à boucane
je rentre mon ventre
gonflé d’inventions et de fumée de cigarette
je parais beau sur la scène
pour tes yeux bavards et friands d’histoires

aficionados du spectacle ambulant
et du moment présent
on se retrouve plusieurs soirs par semaine
on allume le barbecue sur le balcon
manger des saucisses et attendre
que la lune apparaisse
attendre la nuit

plus tard sur le trottoir
la fille gueule son amour et sa bile en sortant de l’hypertaverne
et les gens font crisser leurs pneus pour l’enterrer
on regarde le désespoir hurler en sens unique
l’ivresse est immobile
mais ça danse quand même dans la tête engourdie de la ruelle
et les amoureux saouls finissent pas s’endormir sur les vieux sofas abandonnés

les gyrophares se dressent sur les toits des vieux chars
pour illuminer les monstres pervers du parc La Fontaine
qui lancent des bouteilles de fort pour rien
pour se rappeler qu’un cœur peut craquer en mille éclats aussi
et ils retournent chez eux
au refuge
avec leur passé en miettes dans un sac de Rossy

il y a trop d’éléments du décor à aimer
celui qui se sauve de son taxi sans le payer
et celui qui vomit devant la belle province
celui qui promène ses chiens
et celle qui lance des insultes aux cônes orange

respirer le nez bouché
avec une paille dans la bouche
se sentir enseveli
rester calme pendant que la terre entre par les pores de la peau
continuer à faire la foire
et meubler la faune
avec l’envie de s’injecter l’espoir
s’acheter un ou deux pogos
et de te faire l’amour

j’ai hypothéqué au moins trois fois ma vie
pour rêver encore à rien de mieux
que des naufrages et des envies de boire du rhum épicé
avec toi

rester là sur le balcon
dans le gris
les mains liées aux carcasses de la mécanique des passants
à s’encrasser les poumons
avec les vapeurs de monoxyde de carbone qui se dégagent de leur corps
et toutes ces couches de graisse
qui s’accumulent
sur nos teints
et nos mains
qui frôlent nos cuisses tous les soirs
comme tous ces inconnus dans l’autobus qui se touchent

toi et moi on forme un clan
les membres d’un fan club qui applaudissent comme des réponses automatisées
à des courriels d’abonnement à une liste ou des suivis d’achats en ligne
devant l’apparence de plénitude

tu es chef de meute les jours impairs
et ces soirs-là tu me laisses déposer ma tête sur ta poitrine
tu me laisses m’endormir devant l’abject et beau décor urbain
la tête remplie de discours fédérateurs à propos de l’espoir humain
et la persévérance et la force du nombre
les casseroles des protestants se font entendre sur les balcons voisins
et partout la vibration s’enracine et s’élève
et se rassoit tranquillement quand un crétin fait encore crisser ses pneus

je balbutie des histoires dans la noirceur
tu m’écoutes, mais je traduis mal la faiblesse de mes battements de cœur
qui partent en accéléré quand tu te décides à dormir en cuillère
avec moi
je transpire et respire fort
en même temps que toi
comme une œuvre d’art synchronisée sur le matelas déposé sur le sol

se reconduire pendant le sommeil
jusqu’au nord
loin du fracas
le froid qui parcourt ton dos
la glace qui se forme sur mon coat jean
les silences des bords de mer président notre fan-club
accueil protocolaire
qui fouette le sang
et nos visages souriants sculptés dans la neige et la sloche





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